La question autochtone et le racisme systémique

Micheline Labelle, professeure émérite, UQAM et Pierre Serré, politologue, respectivement vice-présidente et président des Intellectuels pour la souveraineté.

Le 7 novembre dernier les IPSO organisaient un débat intitulé : Pour un Québec indépendant, égalitaire et antiraciste. Au-delà de l’examen des politiques publiques mises en place par les ministères et les institutions publiques, il s’agissait d’imaginer un projet d’avenir qui prendrait à bras le corps la lutte contre le racisme. Tâche difficile mais absolument nécessaire… L’une des difficultés soulevées par les participants concernait la notion de discrimination systémique (ou structurelle) qui soulève l’incompréhension. Si la discrimination peut être à caractère raciste, sexiste, homophobe, etc., c’est le racisme qui fait peur. Car parler de racisme au Québec laisse entendre, plus souvent qu’autrement, que le Québec est une société raciste, ce qui est une généralisation et une caractérisation déplorables et inacceptables. Mais admettre que le racisme existe au Québec, sous ses différentes formes, est incontournable et doit être examiné de front. La «crise» de Val d’Or l’exige. Définir avant d’agir L’analyse du racisme pose défi: soit que l’on en donne une définition trop extensive et qu’on le banalise, par exemple en parlant de racisme anti-jeunes, anti-homosexuels; soit que l’on en donne une définition trop restreinte, ce qui empêche de reconnaître les formes culturalistes sous lesquelles il se déguise. De plus il n’y a pas de définition universelle du racisme, ni dans les textes académiques, ni dans ceux des institutions internationales, ni dans ceux des gouvernements nationaux.

Mais ce qui est sûr, c’est que définir et réfléchir sur le racisme requiert que l’on en distingue les formes élémentaires. En effet, le racisme réfère à un ensemble de manifestations à ne pas confondre : 1)des préjugés et stéréotypes dénigrants et stigmatisants (les mots «Sauvage», «Nègre», «Indien», «Eskimau» figurent dans les recensements canadiens de 1861 et 1931); 2) des actes concrets de discrimination; 3) de la ségrégation de facto (suite à la Loi sur les Indiens); 4) de la violence (les crimes haineux). Surtout, il implique des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux (historiques ou contemporains) et il a une «fonction de stigmatisation, de légitimation et de domination, et dont les logiques d’infériorisation et de différenciation peuvent varier dans le temps et l’espace» (Wieviorka, dans Micheline Labelle, Racisme et antiracisme au Québec. Discours et déclinaisons, 2011, p. 25).

La discrimination systémique à caractère raciste s’appuie sur les préjugés et stéréotypes enracinés et intériorisés avec le temps. Au contraire de la discrimination directe elle ne résulte pas nécessairement des motivations individuelles mais elle se manifeste de façon structurelle dans les lois et les institutions: accès inégal aux soins de santé, écoles dans les réserves de qualité inférieure, biais dans les pratiques de recrutement en emploi, dans le domaine de la justice, profilage dans les pratiques policières, etc. Et le racisme soutient, conforte, plus souvent qu’autrement le sexisme (le cas des femmes à Val d’Or?), car ces deux idéologies font partie de la culture historique et géopolitique du système mondial. Le résultat : nous sommes en face de situations d’inégalités qui ont des effets préjudiciables, même involontaires, sur les personnes issus des groupes sociaux ciblés. Ceci entraîne leur incorporation sous le mode de la périphérisation dans le marché du travail, les institutions publiques, les médias, le système politique. Quant aux conséquences du racisme elles sont profondes : atteinte à la dignité des personnes et à la fierté de leur nom, intériorisation des perceptions négatives et estime de soi détruite, construction d’une conscience de supériorité chez certains groupes dominants, infiltration de l’idée de «race» dans le discours politique et médiatique; par exemple quand on s’acharne encore à reproduire des oppositions racialistes comme le binaire Autochtones/«Blancs» (sans parler de la réduction de la diversité que ce binaire suppose dans l’espace citoyen).

Le poids de l’histoire Historiquement, l’idéologie raciste est partie constitutive du colonialisme qui a présidé à la création et au développement du Canada, comme ailleurs. Considérée comme l’un des principes fondateurs de la société canadienne, elle a servi de pierre d’assise à la législation, au système judiciaire, aux politiques d’immigration, aux politiques sociales et d’éducation, aux représentations de la nation. Après la Seconde Guerre mondiale, le Canada a dû modifier son discours et ses pratiques, sous l’influence de facteurs internationaux (Déclaration des droits de l’homme, liens avec les anciennes colonies de l’empire britannique ayant acquis leur indépendance). Des politiques publiques de lutte contre le racisme ont vu le jour au palier fédéral et au Québec. Mais cela ne signifie pas que les effets pernicieux de l’histoire coloniale aient disparu de nos institutions et de nos mentalités.

Rappelons qu’en 2004, suite à sa mission au Canada, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, Doudou Diène, considérait que la discrimination systémique était encore présente dans les institutions canadiennes et québécoises. Il se disait extêmement préoccupé par leur situation économique, leurs droits à l’éducation, au logement et à la santé, par le haut taux d’incarcération, de violence et de décès en détention des peuples aborigènes, la situation des femmes, sans oublier le respect des traités et notamment la reconnaissance des droits fonciers des populations autochtones.

Lors du récent débat des IPSO, Me. Armand MacKenzie faisait état du procès d’un Autochtone dans une salle bondée d’Autochtones à Sept-Îles, où tout se déroulait en français. Voilà un exemple de discrimination structurelle ou systémique dans les pratiques de défense du système de justice. Qui donc peut soutenir que les populations autochtones du Québec sont à l’abri des racines profondes et des séquelles du racisme colonial, sans parler du sexisme? Une perspective antiraciste L’antiracisme désigne simplement l’ensemble des actions citoyennes et des politiques publiques visant l’élimination du racisme tant au plan des interactions personnelles que dans les institutions. Comme le soulignait Armand MacKenzie lors du débat IPSO (https://www.facebook.com/LesIPSO/?r…), des pistes de solution existent: la reconnaissance des préjugés et de la discrimination, une politique globale de la mémoire dans l’enseignement de l’histoire nationale, le renouvellement des pratiques et des institutions (ex. l’administration de la justice, une députation autochtone à l’Assemblée nationale), etc. Mais de manière plus urgente, la tâche immédiate consiste à instituer une commission d’enquête sur la situation des femmes autochtones à Val d’Or, laquelle pourrait déboucher sur un Plan d’action contre le racisme, spécifiquement québécois, ce qui a existé pour les minorités ethniques et racisées, mais qui n’a jamais existé en ce qui concerne spécifiquement les nations autochtones.

Les quatre 10 : la Contre-commémoration 2017 des IPSO

Qui veut explorer et construire l’avenir doit commencer par faire sa marque dans le rôle de visionnaire du passé, en sachant distinguer dans les moments les plus opaques comme les plus prometteurs de celui-ci ce qui permet de projeter et d’édifier le nouveau souhaitable.

Le Canada peut bien célébrer en 2017 tous les anniversaires qu’il voudra, la tâche québécoise, elle, sera d’interroger les dates véritablement significatives rencontrées tout au long de son parcours historique par le peuple établi depuis 1608 sur les bassins versants du Saint-Laurent, ces étapes qui le conduiront à bien identifier la trajectoire suivie ainsi que celle à privilégier dans les temps à venir.

Les débats organisés par les IPSO en février et avril prochains visent à déterrer la matière première enfouie dans ces moments charnières de l’histoire québécoise. Les intervenants s’affaireront à récupérer ce qui peut être utile à la construction du Québec de demain. Développer une compréhension lucide de ce qu’on a vécu mais aussi de ce qu’on a voulu vivre ouvre la voie à la maîtrise de ce qu’on sera.

Certains événements phares du passé québécois, tenus pour fort connus, n’ont guère été traités avec toute l’attention qu’ils méritaient. La vérité n’est pas particulièrement ce qu’on a préféré croire, feint de croire ou été amené à croire. Elle loge rarement par ailleurs dans le discours idéologique dominant affiché par les États qui furent des vainqueurs faciles à des périodes spécifiques de leur histoire et qui se contentent ensuite de se complaire dans leur autosatisfaction et leurs certitudes.

Ce qui sera offert à un nouvel examen lors des débats proposés par les IPSO, c’est le Québec fondamental, au regard de ses carcans, de ses forces, de ses espoirs, de ses possibles. La commémoration par l’État canadien du 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique est en comparaison de peu de portée.

Voilà pourquoi, si on veut revisiter un passé qui a pesé lourdement mais qui se révèle aussi porteur virtuel d’un avenir émancipé, il vaut mieux participer à nos deux soirées où le réel pourra être sérieusement sondé.

Les deux débats en question seront centrés sur quatre journées qui ont laissé leur empreinte sur le Québec. Quatre 10 du mois, où quelque chose de crucial s’est joué et se joue toujours. Il s’agit du 10 février 1763 (Traité de Paris), du 10 juin 1791 (Acte constitutionnel créant le Bas-Canada et lui conférant une assemblée délibérante), 10 mai 1823 (la grande pétition contre l’Union) et 10 février 1841 (la mise en place du Canada-Uni, en fait du Canada tout court).

Que signifie pour la nation québécoise d’aujourd’hui le 10 février 1763 ? Faut-il continuer à pleurnicher à l’évocation de cette date ? Elle inclut peut-être en elle-même sa propre potion magique d’auto-guérison, son propre remède caché.

L’Acte constitutionnel de 1791 est conditionné par certains des évènements historiques les plus déterminants jamais advenus en Occident : les révolutions américaine et française notamment. Les conséquences démographiques sur le Québec de la première ont dessiné la ligne de vie du pays laurentien pour longtemps.

Les pétitions de la plus sombre époque de notre histoire, les décennies 1820, 30 et 40, en particulier la grande pétition déposée par Papineau et Neilson au parlement de Londres le 10 mai 1823, enregistrent avant 1867 la volonté ferme des Québécois concernant l’avenir qu’ils désiraient.

L’insatisfaction engendrée par un nouveau statut (l’Acte d’Union) imposé de force le 10 février 1841, lequel a été rénové mais tout aussi naturellement prolongé par l’AANB de 1867, se fait toujours entendre depuis dans le malaise politique perpétuellement reconduit du Québec.
Voilà un aperçu rapide des questions que soulèvent les quatre 10. Les IPSO invitent tous et toutes à venir entendre nos panélistes faire parler notre histoire haut et fort.

Jean-René Plante, membre du CA des IPSO, responsable de la Contre-commémoration 2017 et Pierre Serré, président des IPSO.
Soirées débats des IPSO les mardis, 7 février et 4 avril 2017, au 82 Sherbrooke ouest, à 19h.

Lien Facebook de l’évènement : https://www.facebook.com/events/1726333384362840/

Info Ipso Septembre-Octobre 2016

Tant que l’indépendance n’est pas faite, elle reste à faire – Gaston Miron

Septembre-octobre 2016 ► CA des IPSO, 29 août 2016, 17 octobre 2016 Les membres du CA ont travaillé à la réalisation du Plan d’action 2016-2017 adopté en assemblée générale le 13 juin 2015.

Les membres des IPSO sont invités à proposer et/ou à organiser des thèmes de soirées-débats, de conférences ou d’articles de presse. Ils peuvent faire part de leurs intérêts à la secrétaire Fanny He.

L’exécutif des IPSO est composé des membres suivants : Pierre Serré, président; Micheline Labelle, vice-présidente; Fanny He, sécrétaire, Philippe Bernard, trésorier; Jocelyne Couture, conseillère; Ercilia Palacio -Quintin, registraire; Andrée Lajoie, conseillère. Les autres membres du Conseil d’administration sont les suivants :

Charles Berthelet, Yasmina Chouakri, Joël Côté, André Jacob, Jean-René Plante, Danic Parenteau

► Mot du président Pierre Serré Chères et chers amis des IPSO, La nouvelle année qui s’annonce commence encore sur les chapeaux de roue. L’élection d’un nouveau chef à la barre du Parti Québécois implique certes un rebrassage des cartes politiques. D’entrée de jeu, le premier ministre Couillard a

annoncé ses couleurs : s’il ne peut attaquer une menace directe d’indépendance, il combattra l’identité et le nationalisme québécois, c’est-à-dire toute mesure interne ou externe visant la défense et l’affirmation des intérêts de la majorité francophone, en particulier au Québec. Plus que jamais, les intellectuels ont un rôle majeur à jouer dans ce nouveau contexte, notamment pour réaffirmer haut et fort la légitimité du nationalisme de cette majorité. Au cours des prochaines années, les IPSO auront à contester les accusations iniques pour ne pas dire abracadabrantes de racisme et de xénophobie. Ils auront à contribuer à la construction d’un Québec démocratique et laïc, tout comme ils devront élaborer un modèle d’intégration à la société francophone propre à rejoindre tous les groupes présents sur le territoire national. En cette année de 150e anniversaire de la Confédération canadienne, les IPSO s’attaqueront à la propagande fédérale. Celle-ci ne manquera pas de répéter ad nauseam, à grands renforts de financement tiré de nos impôts, combien grand est le pays qui a enterré autant de minorités canadiennes françaises au cours de son histoire. Ce pays qui continue justement, encore aujourd’hui, à nier le caractère fragile du français au Québec et qui refuse de voir la nécessité, pour le gouvernement fédéral, de le protéger. En 2016-2017, les amis des IPSO seront invités à adhérer à ou à soutenir l’organisation dans le but de rendre celle-ci plus forte et plus efficace. Tous les petits gestes comptent. La bataille du Québec reflétera les sacrifices que chacun d’entre nous fera pour notre liberté nationale. Pierre Serré
Président des Intellectuels pour la souveraineté

►Publication d’un article de Micheline Labelle et Pierre Serré Labelle M. et P. Serré (2016). «Une Charte de la laïcité. Un projet plus pertinent que jamais», Le Devoir, 17 mars, p. B5. www.ledevoir.com/non-classe/480197/… que-jamais

Monsieur Couillard et l’extrême-droite Aussitôt élu démocratiquement par ses pairs, Jean-François Lisée, et par ricochet le mouvement souverainiste, est vite devenu la cible du premier ministre Couillard d’une manière extrêmement pernicieuse et vicieuse. Depuis l’élection du chef de l’opposition, ce dernier laisse entendre que le PQ dirigé par monsieur Lisée deviendra un parti comparable aux partis d’extrême-droite européens ; ce faisant, il se discrédite lui-même. En outre, il persiste et signe. Comme le soulignait Antoine Robitaille dans Le Devoir du 11 octobre : « Il (monsieur Couillard) a dénoncé « une sorte de nationalisme d’assiégés, de nationalisme de peureux essentiellement, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même [serait-il replié actuellement ?]. On le voit aux États-Unis, on le voit en Europe. C’est un mouvement foncièrement négatif pour l’humanité ». Comment donc avoir du « respect » et faire preuve « d’écoute » pour un mouvement qui est « foncièrement négatif pour l’humanité » ?

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► Texte d’André Jacob et signé de membres du CA des IPSO sur les propos du Premier Ministre Couillard
Voir : https://www.facebook.com/LesIPSO/?f…

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En allant aussi loin, il faut avoir du culot ou faire preuve d’ignorance ou pire d’un manque d’éthique pour affirmer une telle ineptie. Il s’agit là d’une position insensée et dangereuse. Mais il y a une limite à la manipulation éhontée et délibérément mensongère de l’opinion publique. Or, notre premier ministre ne semble pas évaluer la portée d’une analogie aussi grossière et lourde de sens. On ne joue pas impunément avec un qualificatif comme « extrême-droite », car le terme est vicié par un nationalisme identitaire étroit et des politiques xénophobes. En somme, en termes voilés, le premier ministre insinue que le mouvement souverainiste serait xénophobe, voire raciste; de telles assertions contribuent à antagoniser les rapports entre les citoyens et citoyennes issus de l’immigration et les Québécois et des Québécoises d’ascendance française. En faisant une telle déclaration, il sous-entend par le fait même que lui et son parti défendent des positions antiracistes alors que ses adversaires sèmeraient la division et la discrimination. Ça ne tient pas la route. Il a l’habitude d’utiliser la peur pour servir ses intérêts électoralistes, mais là, il a dépassé les bornes. En tant que premier ministre, monsieur Couillard devrait s’élever au-dessus d’une accusation aussi caricaturale et réaliser que le Québec moderne se définit, dirait Émilie Tardivel, (Études. Revue de culture contemporaine, octobre 2016), comme une nation ouverte « constituée par des liens contractuels dans une communauté de personnes unies par le désir de vivre ensemble sous les mêmes lois, les mêmes mœurs et les mêmes institutions ». À notre avis, les positions du mouvement souverainiste québécois ne reposent certainement pas sur une conception fermée et frileuse de la nation. La référence aux orientations défensives anti-immigration et racistes des partis d’extrême-droite européens n’a rien à voir avec la situation québécoise. La lutte contre le racisme et la xénophobie doit être constante, tout comme les actions pour favoriser l’intégration doivent être renforcées. L’intégration, on le sait, est un long processus de développement des habiletés à comprendre et à participer à la vie sociale, culturelle, économique et politique. En ce sens, le soutien de l’État s’avère essentiel et plus nécessaire que jamais. Il importe de consolider les programmes d’éducation et les actions antiracistes et les autres programmes d’action déjà en place depuis des décennies. Bref, avant de s’aventurer sur le terrain glissant des accusations de dérives vers l’extrême-droite, monsieur Couillard devrait faire preuve de prudence avant de jouer cette carte démagogique pour discréditer et diaboliser son adversaire et le mouvement souverainiste. Certes, la tactique de la peur est usée, mais dans ce cas-ci, elle contribue à déplacer le débat d’une façon simpliste dans une zone dramatique, préoccupante, pernicieuse et critique au plan social et politique, car elle fait appel à la distinction entre le « eux » et le « nous ». Avant d’utiliser un qualificatif aussi vicié que celui d’extrême- droite, le premier ministre aurait dû se regarder dans un miroir et évaluer ses dires et ses gestes, il aurait réalisé que ses actions ne suivent pas nécessairement son discours en matière d’intégration. De plus, il nous apparaît clair que les politiques libérales fondées sur l’austérité font reculer les droits des minorités en contribuant à approfondir les inégalités sociales, économiques et culturelles, soit les facteurs fondamentaux déterminants au plan de la discrimination, de l’exclusion sociale et du racisme. La vérificatrice générale l’a démontré récemment… Avant d’accuser son adversaire de dirigeant d’extrême-droite, monsieur Couillard devrait vérifier le sens des mots qu’il utilise, car ils pourraient peut- être avoir un effet boomerang.

Signé par : Joël Côté, Jocelyne Couture, Fanny He, André Jacob, Micheline Labelle, Andrée Lajoie, Ercilia Palacio-Quintin, Danic Parenteau, Pierre Serré
Membres du conseil d’administration des Intellectuels pour la souveraineté

► Prochaine Soirée-débat des IPSO, du lundi 7 novembre 2016, à 19h, salle DR200, UQAM Pour un Québec indépendant, égalitaire et antiraciste Invité,es:
Yasmina Chouakri, chercheure, Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des personnes immigrantes (TCRI), membre du CA des IPSO Armand MacKenzie, avocat Robin Philpot, éditeur, auteur et traducteur, membre des Anglophones pour un Québec indépendant (AQI) Marjorie Villefranche, directrice générale, Maison d’Haïti
Responsables du débat : André Jacob, membre du CA des IPSO et Micheline Labelle, vice-présidente des IPSO
Animation : André Jacob, professeur retraité, UQAM ► Deux prochaines Soirées-débats à l’hiver et au printemps 2017: Quatre dates québécoises pour contrecarrer la commémoration fédérale du 150ème anniversaire de la fondation du Canada. Responsable: Jean-René Plante, membre du CA des IPSO https://www.facebook.com/IRAIQc Ont pris la parole : Daniel Turp (Président de l’IRAI), Maïtée Labrecque-Saganash (Militante féministe et indépendantiste), Akos Verboczi (Auteur), Karel Mayrand (Directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki), Claudette Carbonneau (Présidente des OUI Québec). La soirée a été animée par Geneviève Baril (Directrice générale de l’IRAI). Plusieurs membres des IPSO étaient présents. Le lancement a rassemblé près de 250 personnes au nouveau siège de l’IRAI situé dans le quartier Mile-Ex à Montréal. La directrice générale Geneviève Baril a animé la soirée.

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► Lancement officiel de L’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI), le 29 septembre 2016

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Thèmes de recherche annoncés lors du lancement Les trois premiers chantiers porteront sur 1- Le rapport des jeunes Québécois âgés de 18 à 35 ans à l’indépendance du Québec, Marie-Michèle Sauvageau et Alexis Hieu Truong de l’Université d’Ottawa réaliseront cette première étude. 2- Lesprocessusconstituants
Daniel Turp (membre des iPSO) coordonnera les travaux d’une équipe composée de deux chercheurs québécois (Danic Parenteau, professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean (membre du CA des IPSO), ainsi que André Binette, avocat spécialisé en droit constitutionnel (membre des IPSO). Trois chercheurs internationaux, Matt Qvortrup, professeur à Coventry University, en Angleterre, Marc Sanjaume, chercheur et conseiller en politique comparée à l’Institut d’Estudis de l’Autogovern du Gouvernement de la Catalogne et Jorge Léon, politologue équatorien et professeur invité à l’Université du Québec à Montréal. 3- L’économie d’un Québec indépendant, et plus particulièrement dans ce dernier cas sur la méthodologie actuellement employée pour calculer les recettes et les dépenses du gouvernement du Canada en sol québécois.
Le processus d’identification d’un chercheur pour réaliser cette étude est en cours.

► Les IPSO sont à la recherche d’une personne, membre des IPSO ou non, qui désirerait s’impliquer en tant que bénévole dans un dossier prioritaire. Sous la supervision du responsable approprié, cette personne travaillera à la mise en place d’un système d’accès aux archives de l’organisation, cela à partir de documents numérisés et informatisés, suivant son propre rythme de travail. La personne intéressée est priée de communiquer avec le président des IPSO, Pierre Serré, aux coordonnées mentionnées dans le présent Info-IPSO. Pierre Serré pspedrito9@gmail.com

Monsieur Couillard et l’extrême-droite

Aussitôt élu démocratiquement par ses pairs, Jean-François Lisée, et par ricochet le mouvement souverainiste, est vite devenu la cible du premier ministre Couillard d’une manière extrêmement pernicieuse et vicieuse. Depuis l’élection du chef de l’opposition, ce dernier laisse entendre que le PQ dirigé par monsieur Lisée deviendra un parti comparable aux partis d’extrême-droite européens ; ce faisant, il se discrédite lui-même. En outre, il persiste et signe. Comme le soulignait Antoine Robitaille dans Le Devoir du 11 octobre : « Il (monsieur Couillard) a dénoncé « une sorte de nationalisme d’assiégés, de nationalisme de peureux essentiellement, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même [serait-il replié actuellement ?]. On le voit aux États-Unis, on le voit en Europe. C’est un mouvement foncièrement négatif pour l’humanité ». Comment donc avoir du « respect » et faire preuve « d’écoute » pour un mouvement qui est « foncièrement négatif pour l’humanité » ?

En allant aussi loin, il faut avoir du culot ou faire preuve d’ignorance ou pire d’un manque d’éthique pour affirmer une telle ineptie. Il s’agit là d’une position insensée et dangereuse. Mais il y a une limite à la manipulation éhontée et délibérément mensongère de l’opinion publique. Or, notre premier ministre ne semble pas évaluer la portée d’une analogie aussi grossière et lourde de sens. On ne joue pas impunément avec un qualificatif comme « extrême-droite », car le terme est vicié par un nationalisme identitaire étroit et des politiques xénophobes. En somme, en termes voilés, le premier ministre insinue que le mouvement souverainiste serait xénophobe, voire raciste; de telles assertions contribuent à antagoniser les rapports entre les citoyens et citoyennes issus de l’immigration et les Québécois et des Québécoises d’ascendance française. En faisant une telle déclaration, il sous-entend par le fait même que lui et son parti défendent des positions antiracistes alors que ses adversaires sèmeraient la division et la discrimination. Ça ne tient pas la route. Il a l’habitude d’utiliser la peur pour servir ses intérêts électoralistes, mais là, il a dépassé les bornes.

En tant que premier ministre, monsieur Couillard devrait s’élever au-dessus d’une accusation aussi caricaturale et réaliser que le Québec moderne se définit, dirait Émilie Tardivel, (Études. Revue de culture contemporaine, octobre 2016), comme une nation ouverte « constituée par des liens contractuels dans une communauté de personnes unies par le désir de vivre ensemble sous les mêmes lois, les mêmes mœurs et les mêmes institutions ». À notre avis, les positions du mouvement souverainiste québécois ne reposent certainement pas sur une conception fermée et frileuse de la nation. La référence aux orientations défensives anti-immigration et racistes des partis d’extrême-droite européens n’a rien à voir avec la situation québécoise.

La lutte contre le racisme et la xénophobie doit être constante, tout comme les actions pour favoriser l’intégration doivent être renforcées. L’intégration, on le sait, est un long processus de développement des habiletés à comprendre et à participer à la vie sociale, culturelle, économique et politique. En ce sens, le soutien de l’État s’avère essentiel et plus nécessaire que jamais. Il importe de consolider les programmes d’éducation et les actions antiracistes et les autres programmes d’action déjà en place depuis des décennies .

Bref, avant de s’aventurer sur le terrain glissant des accusations de dérives vers l’extrême-droite, monsieur Couillard devrait faire preuve de prudence avant de jouer cette carte démagogique pour discréditer et diaboliser son adversaire et le mouvement souverainiste. Certes, la tactique de la peur est usée, mais dans ce cas-ci, elle contribue à déplacer le débat d’une façon simpliste dans une zone dramatique, préoccupante, pernicieuse et critique au plansocial et politique, car elle fait appel à la distinction entre le « eux » et le « nous ». Avant d’utiliser un qualificatif aussi vicié que celui d’extrême-droite, le premier ministre aurait dû se regarder dans un miroir et évaluer ses dires et ses gestes, il aurait réalisé que ses actions ne suivent pas nécessairement son discours en matière d’intégration.

De plus, il nous apparaît clair que les politiques libérales fondées sur l’austérité font reculer les droits des minorités en contribuant à approfondir les inégalités sociales, économiques et culturelles, soit les facteurs fondamentaux déterminants au plan de la discrimination, de l’exclusion sociale et du racisme. La vérificatrice générale l’a démontré récemment… Avant d’accuser son adversaire de dirigeant d’extrême-droite, monsieur Couillard devrait vérifier le sens des mots qu’il utilise, car ils pourraient peut-être avoir un effet boomerang.
Joël Côté
Jocelyne Couture
André Jacob
Micheline Labelle
Andrée Lajoie
Ercilia Palacio-Quintin
Danic Parenteau
Pierre Serré
Membres du conseil d’administration des Intellectuels pour la souveraineté .

Une charte de la laïcité, un projet plus pertinent que jamais

En dépit des réserves qu’exprime Michel David dans Le Devoir du 15 septembre (« Laïcité et tabagisme ») quant à la pertinence de rouvrir un débat sur une charte de la laïcité « dont le passé récent a démontré toute la nocivité », il est temps, plus que jamais, de réactiver ce débat qui ne doit être considéré ni comme vecteur de division et de zizanie ni comme « empoisonné ». Car, de nature, un débat implique controverse entre adversaires et non entre ennemis. Il ne se résume pas à de la « conversation », pour employer un terme à la mode, on ne peut plus insignifiant. Débattre, c’est autre chose que de la « chicane », dont ses adversaires accusent régulièrement le Parti québécois, le premier ministre Philippe Couillard en premier lieu, comme si le peuple québécois était héréditairement mutique et craintif.

Vision restrictive
Le temps a passé depuis le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor (mai 2008), lequel recommandait un modèle de « laïcité ouverte » et prônait un devoir de réserve de certains représentants de l’État : président et vice-présidents de l’Assemblée nationale, juges et procureurs de la Couronne, policiers et gardiens de prison. « Il s’agit des postes qui représentent de façon marquée la neutralité de l’État ou dont les mandataires exercent un pouvoir de coercition ». Une laïcité qualifiée d’« ouverte », tentant de montrer d’entrée de jeu qu’on se situait du bon côté de la rectitude politique, versus les intolérants, voire « intégristes », de la laïcité tout court.

Dans un article publié dans ces pages avec Céline St-Pierre et Pierre Toussaint, Micheline Labelle dénonçait la vision restrictive de la laïcité pour l’État telle que véhiculée par le rapport Bouchard-Taylor. Car les fonctions de l’État et du service public concernent bien d’autres secteurs que la coercition : l’éducation à la citoyenneté, par exemple. Dans divers milieux de la société québécoise, on s’est élevé contre une vision étriquée des fonctions de l’État, au nom des principes suivants : 1) si tous les fonctionnaires de l’État et du service public, dont les enseignants, doivent adopter un devoir de réserve en ce qui concerne leurs opinions politiques, ils devraient le faire également en matière de convictions religieuses, qui sont d’égale importance et impliquent des droits égaux. Car on peut mourir pour défendre ses convictions politiques tout aussi bien que ses convictions religieuses. Ici, il n’y a pas de hiérarchie de droits ; 2) la neutralité des structures de l’État exige également, comme le soulignait le sociologue Guy Rocher, la neutralité des agents sociaux (des personnes) qui occupent ces structures ; 3) le service public doit être distingué de l’espace public dans les délibérations. Cette distinction est encore aujourd’hui mal comprise dans le grand public et chez les politiciens. Par exemple, interdire le port de signes religieux sur les lieux de travail dans la fonction publique ou dans le milieu de l’enseignement (de 9 h à 17 h) n’a rien à voir avec le libre port des signes religieux dans l’espace public (les commerces, la rue, les lieux de culte, etc.).

À cet égard, le projet de charte de la laïcité de Bernard Drainville (dans ses deux versions), initialement mal nommé il est vrai, n’a pas à être mis au rancart. En dépit de ses failles, il est un acquis, une sorte de capital. Il a mobilisé des ressources financières, intellectuelles et politiques et doit faire partie des débats. Il s’agit de prendre en compte le travail déjà fait dans différents secteurs, le Rassemblement pour la laïcité par exemple, et de faire avancer l’argumentation.

À cet égard, bienvenues seront les propositions des candidats à la chefferie du Parti québécois qui, nous l’espérons, auront le courage et la loyauté de rendre à César ce qui revient à César, et de faire de la formation permanente sur le sujet, à l’intérieur et à l’extérieur du parti.

Le droit d’évoluer
Que les journalistes s’amusent à mettre en contradiction les prises de position passées avec les positions présentes des candidats à la chefferie ne sert pas à grand-chose. Les gens ont le droit d’évoluer dans leur pensée tandis que la charte de la laïcité appartient dorénavant de plein droit à tous les Québécois. Qu’ils insinuent, à tort en vérité, que la charte a causé à elle seule la défaite du gouvernement Marois ne conduit qu’à censurer le débat. Durant toute l’histoire du Parti québécois, les pratiquants ont toujours clairement rejeté ce dernier ; habitant de plus dans les circonscriptions les moins francophones, les immigrants les plus religieux n’ont fait perdre aucun siège au parti. Enfin, signe que le bon Dieu n’est pas du côté des partisans de la laïcité ouverte, les positions multiculturalistes du Nouveau Parti démocratique ne l’ont pas empêché de connaître des reculs significatifs dans toutes les provinces canadiennes lors des élections fédérales de 2015. Enfin, la laïcité (au-delà du port des signes religieux dans la fonction publique et parapublique) devrait être discutée indépendamment des idéologies d’intégration des immigrants que sont le multiculturalisme, l’interculturalisme, la convergence culturelle ou la concordance, car elle concerne toutes les composantes du peuple québécois, pas seulement les immigrants et les minorités. Nous sommes tous concernés par les symboles de l’Assemblée nationale, ceux des assemblées municipales et des établissements d’enseignement, le financement des écoles privées ethnoreligieuses, les congés pour fêtes religieuses dans le service public, les droits acquis des employés en place, la contrainte excessive ou non des accommodements raisonnables, etc. Et cela dépasse largement le dossier de l’intégration des nouveaux arrivants.

Micheline Labelle, Pierre Serré