Colloque Annuel Des Ipso

Les Ipso vous invitent le samedi 10 juin 2017 à leur journée de colloque, Prix Jacques Parizeau et AGA.

La langue française, facteur d’intégration et de citoyenneté dans le contexte de la mondialisation

9h 15
Atelier 1 – La Loi 101, instrument de normalisation du statut du français ?

Le retour en force du français ? Tout y est sauf le courage politique!
Éric Bouchard, directeur général du Mouvement Québec français
L’enseignement de la langue seconde au Québec: un état des lieux
Frédéric Lacroix, militant
Comment le régime linguistique québécois des cinquante dernières années a déclenché un formidable mouvement d’anglicisation
Pierre Serré, Ph.D. sc. politique, chercheur indépendant
Interventions et questions de la salle : 30 minutes. Claude André, animateur
10h45 -Pause-café 11h00

Atelier 2
La citoyenneté québécoise et son rayonnement dans le monde

Langue française et santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs du Québec
Mireille Bénard, Adjointe au comité exécutif de la CSN, responsable du dossier linguistique
40 ans après la Charte, sous l’influence de la Mondialisation, est-il toujours possible de travailler en français ?
Nathalie Meunier, travailleuse et syndicaliste
Le Québec et les francophones qu’on ignore, les réseaux francophones.
Jean-Benoît Nadeau, chroniqueur et auteur
Interventions et questions de la salle : 30 minutes Claude André, animateur

3h30 à 14h00 – Remise du Prix Jacques-Parizeau 2017
a) Rapport du comité de nomination
b) Présentation du récipiendaire
c) Remise du prix Jacques-Parizeau
d) Mot du récipiendaire
e) Mot de clôture du président

8h30-9h00 Inscription
9h00 Ouverture par le président des IPSO Colloque annuel 2017

9h00-12h30 Colloque Annuel Des Ipso

12h30-13h30 Diner sur place – Prix : 20 $ (10$ pour les étudiants)

13h30-14h00 Remise du prix Jacques-Parizeau

14h-16h Assemblée générale annuelle des membres.

Lieu : Maison Ludger-Duvernay, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 82, rue Sherbrooke ouest

Pour communiquer avec nous : lesipsoquebec@gmail.com

affiche IPSO 10-06-17

Info Ipso Avril-Mai 2017

Avril Mai 2017

 

Mot du président

Chères et chers amis des IPSO,

Les IPSO viennent de « célébrer » ce printemps deux contre-commémorations du 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Les thèmes abordés autant que les discours des invités ont été très appréciés des membres présents sur place ainsi que chez les sympathisants qui ont suivi les débats sur Internet.
Les IPSO vont maintenant aborder le thème de la langue à leur colloque annuel le 10 juin prochain. Plusieurs problématiques ont été retenues pour l’occasion, si bien que tous et chacun devraient pouvoir y trouver un thème qui lui est particulièrement important. Ainsi que vous pourrez le lire ci-dessous, voici un extrait de ce qui sera proposé dans l’atelier décrivant la situation de la langue française au Québec en 2017. Nous vous espérons nombreux et intéressés par ce qui est inhérent à notre condition de Québécois, notre langue, notre identité, nos droits collectifs, l’un de nos combats primordiaux afin que nous puissions nous donner collectivement un avenir.

L’anglais au collégial et à l’université – Ce n’est qu’un début. Ou comment les deux ordres de gouvernement participent à l’anglicisation du Québec.

Par leurs politiques linguistiques, notamment la langue d’enseignement, les gouvernements fédéral et provincial anglicisent systématiquement Montréal et le Québec, cela pour répondre aux besoins d’un réseau d’institutions publiques et des grandes entreprises transnationales de langue anglaise.Dans presque tous les États du monde, la langue de travail dominante est celle  de la majorité.En conséquence, l’enseignement public, de la garderie jusqu’à l’université, se fait dans la langue nationale. Mais au Québec, où les pressions de l’anglais se font sentir dès la prématernelle, l’étudiant peut choisir entre les deux langues pour ses études post-secondaires, une liberté de choix conforme aux besoins de la « communauté anglophone », délibérément définie de manière abusive par toutes les autorités publiques, provinciales comprises.
Le résultat : sur l’île de Montréal, un étudiant sur deux (plus précisément 44 %) est inscrit à un diplôme en anglais d’études collégiales préuniversitaires (DEC)*. Presque la moitié étudie donc en anglais, ce qui infère des conséquences considérables maintenant et demain, autant pour Montréal que pour l’ensemble du Québec. S’agit-il d’une situation de transition ? Avant la loi 101, 90 % des immigrants envoyaient leurs enfants au primaire et au secondaire publics anglais. La chose fut presque complètement renversée par la suite grâce à la loi 101, adoptée en 1977.Ceci rend donc la proportion de 44 % étudiant en anglais au collégial d’autant plus inquiétante ! (Il faut comprendre que les enfants de la loi 101 sont d’une part peu nombreux à chaque nouvelle cohorte d’immigrants puisque seulement 15 % d’entre eux ont moins de 15 ans à l’arrivée, et donc d’âge de fréquenter les écoles primaires ou secondaires françaises. Ils sont également peu nombreux à avoir suivi tout leur primaire et tout leur secondaire en français puisqu’une majorité est arrivée après avoir été scolarisée en partie dans le pays d’origine.) Mais le plus inquiétant est le fait suivant : malgré l’atteinte d’une majorité des substitutions linguistiques en direction du français pour l’ensemble des immigrants, ceux qui sont de langue maternelle anglaise, qui sont arrivés enfants ou dont les enfants sont nés au Québec, n’effectuent presque aucune substitution linguistique vers le français. En d’autres mots, même s’ils ont été théoriquement instruits en français au Québec, de 95 % à 100 % de tous ces enfants anglophones conserveront l’anglais à l’âge adulte comme langue parlée à la maison, soutenu en cela par le milieu montréalais. Bref, les effets de la loi 101 sont beaucoup plus limités que ce que l’on ne croit généralement.
Le présent et l’avenir du français semblent directement liés à la prédominance de l’anglais dans une bonne partie du marché du travail. Or d’où pourrait donc venir une telle prédominance dans une province à 92 % non anglophone ? Force est de constater qu’elle doit disposer de moyens politiques considérables pour culbuter la prédominance française.
De fait, cette prédominance de l’anglais découlerait essentiellement du libre- choix promu autant par le gouvernement provincial et que fédéral, tous deux sur la même longueur d’onde, d’ailleurs que celle promue par The Gazette et le Quebec Community Groups Network, l’ancêtre d’Alliance Québec ! Contrairement à l’obligation de fréquentation des écoles primaires et secondaires de langue française pour immigrants (qui ne touchent que 15 % des immigrants, quelques fois pour tout leur parcours scolaire au primaire et au secondaire, mais le plus souvent, pour en partie seulement, puisqu’étant arrivés quelque part au secondaire ou au primaire) et pour natifs non anglophones, les deux gouvernements fondent toutes leurs actions sur le libre-choix de la langue d’enseignement après le secondaire, puis le libre-choix du consommateur et celui du citoyen.
Quels qu’ils soient, les produits et services gouvernementaux ou privés sont ainsi délivrés, dans la vie de tous les jours, dans la langue de la rue, celle choisie par les jeunes étudiants, par les consommateurs et par les citoyens. En vertu de la Loi fédérale sur les langues officielles adoptée par les libéraux fédéraux de P.E. Trudeau, tant pour le QCGN que pour les gouvernements fédéral et provincial, la « Première langue officielle parlée » (PLOP) permettait à l’origine d’identifier les effectifs minoritaires (de langue anglaise au Québec, de langue française au Canada anglais) ayant droit à des services gouvernementaux dans leur langue dès lors que leurs effectifs atteignaient justement un minimum de la population.
Or, en vertu de la prédominance de l’anglais en tant que PLOP au Québec, on mesurait en 2011 l’existence d’une communauté anglophone de 1 060 000 locuteurs, alors même que la minorité historique de langue anglaise compte 260 000 locuteurs anglophones dans tout le Québec, dont une majorité sans doute ont des grands-parents francophones. C’est à ce million et quelques d’anglophones auquel se réfèrent le gouvernement fédéral, le QCGN et toutes les autres organisations anglophones pour estimer la population anglo- québécoise.
C’est aussi ce million d’individus que l’État québécois entend desservir en anglais, en se fondant sur la même définition que l’État fédéral. Cette définition correspond dans les faits à quelque chose comme la « Langue publique commune », la langue réellement utilisée par chaque individu pour obtenir des services publics. C’est la langue simplifiant la population en deux groupes linguistiques, où le groupe anglophone inclue les « anglophones historiques » (de langue maternelle et de langue parlée à la maison anglaises), les anglophones d’aujourd’hui (de langue parlée anglaise à la maison mais de langue maternelle autre qu’anglaise, anglophones par assimilation linguistique) et les « anglophones de demain » (de PLOP anglaise, i.e. les personnes tournées vers l’anglais (les « anglotropes »), utilisant toutefois une langue parlée autre qu’anglaise à la maison, anglophones par intégration linguistique).
Avec leurs 90 000 étudiants pour une communauté anglo-québécoise de 260 000 personnes, les universités McGill et Concordia sont bien obligées de recruter leurs étudiants ailleurs que dans la minuscule communauté anglo-québécoise. C’est pourquoi elles ne se gênent pas pour définir leurs étudiants potentiels comme étant l’ensemble des jeunes désireux d’étudier en anglais, qui visent à s’insérer dans le réseau d’institutions publiques de langue anglaise, ou carrément à émigrer à l’étranger. Ce potentiel inclut aussi bon nombre de futurs travailleurs du réseau d’institutions publiques de langue française. Le bilinguisme y constitue déjà un atout à l’embauche :pour les avoir tous faits, on entend fort souvent l’anglais dans les couloirs des hôpitaux Sainte-Justine ou Sacré-Cœur, l’hôpital Général Juif ou l’hôpital Notre-Dame… Dans l’ouest comme dans le nord de l’Île de Montréal, les institutions du réseau public de langue française n’ont de français que leur langue d’administration : le bilinguisme y est courant, l’embauche et l’avancement y sont souvent conditionnels.
Ailleurs au Québec, posséder les deux langues peut aussi représenter un avantage individuel, y compris dans les organismes parapublics (ex. : les écoles et les institutions de santé et services sociaux) et péripublics (ex. : les Sociétés d’État). (Rappelons ce qu’était la politique officielle de l’État québécois il y a de cela deux ans environ à l’égard des nouveaux immigrants qui débarquaient : chaque personne identifiée comme « anglophone » à son arrivée conservait cette étiquette jusqu’à la fin de ses jours. Si bien que la langue de traitement des dossiers de 75 % des immigrants était identifiée par les fonctionnaires provinciaux, depuis leur arrivée jusqu’à la fin de leurs jours, comme « anglaise ».)

En d’autres termes, autant l’un que l’autre ordre de gouvernement fait la promotion du bilinguisme en finançant le libre-choix individuel intégral, générant ainsi d’intenses pressions sur les travailleurs francophones. Rien d’étonnant à ce que les années 2000 aient vu, grâce à leurs volumes records d’immigration, le retour chez les francophones de comportements dysfonctionnels antérieurs à la loi 101 : une assemblée de dix francophones se mettra à l’anglais dès lors qu’il s’y trouvera un anglophone unilingue ou à moitié bilingue.De même, dans le secteur privé, les grandes entreprises transnationales canadiennes ou étrangères définissent bien souvent le marché québécois en n’incluant que les seuls citoyens possédant une connaissance de l’anglais. Conséquemment, leurs employés doivent posséder cette langue, tandis que le fardeau du bilinguisme repose entièrement sur les épaules des francophones.

Il n’existe en réalité qu’une seule façon de protéger le français, d’en faire la première langue du marché du travail, la seule langue d’intégration et d’assimilation, la langue de scolarisation post-secondaire : la création de deux réseaux institutionnels fonctionnant exclusivement chacun dans sa langue. L’un fonctionnerait en français seulement, l’autre, en anglais seulement. La langue de travail des francophones pourrait ainsi être protégée. Ces réseaux permettraient enfin l’établissement d’un financement équitable basé sur le nombre d’ayants droit (ce que même la Constitution de 1867 évoquait sans contraintes; en matière scolaire, on y définissait les ayants droit en fonction de leur religion catholique ou protestante, et non selon leur langue), tout en respectant pleinement le libre-choix de chacun d’aller chercher des services dans le réseau de son choix.Une seule langue prédominante, celle de la majorité, donnant un message d’intégration univoque, qui ne récompenserait aucunement l’anglicisation ou l’intégration à l’anglais. Rappelons qu’intégration et assimilation en direction de l’anglais continuent à se faire aujourd’hui au bénéfice d’une minorité historique disparue, en son absence pure et simple et au bénéfice d’une communauté anglophone entièrement issue de l’immigration internationale, de l’immigration interprovinciale, de l’assimilation à l’anglais ou de l’intégration (sans assimilation) à l’anglais.

Le système actuel n’offre aucune protection aux travailleurs de langue française. On les y oblige au contraire à desservir quiconque le demande en anglais, y compris dans le réseau français. Ce faisant, le système actuel récompense l’utilisation de l’anglais à titre de langue d’usage à la maison ou à titre de Première langue officielle parlée dans les échanges avec le reste de la société pour tous les natifs et tous les immigrants internationaux et interprovinciaux, laissant planer de véritables menaces sur le devenir des communautés francophones vivant en interface (dans les municipalités ou les quartiers mixtes).En faisant ainsi, la société québécoise laisse s’établir un système économique de langue anglaise qui extraie un maximum de ressources de la majorité francophone pour les vouer à l’exportation dans le reste du Canada ou aux États-Unis. En d’autres termes, la majorité francophone s’est placée dans l’obligation de soutenir un réseau public de langue anglaise structurellement tourné vers l’exportation de ses cerveaux, via ses universités ou les grandes entreprises étrangères installées au Québec. Et cette exportation des cerveaux anglophones a bel et bien lieu en masse : de 1966 à 2016, en 50 ans, les soldes migratoires interprovinciaux du Québec se sont établis à plus de 500 000 départs, uniquement composés d’anglophones.

Ainsi s’établit la supériorité de la communauté anglophone face aux francophones. Même au moment où la communauté francophone se serre la ceinture, cette dernière offre continuellement des dizaines milliers d’emplois dans son réseau, emplois qu’elle est incapable de combler à elle seule, qu’elle ne peut le faire qu’en recourant aux effectifs de la majorité francophone, de l’immigration, des migrants interprovinciaux, par assimilation ou par intégration. Du coup, la minorité anglophone ne compte presque pas de chômage ou de non-travailleurs. La dernière chose qu’elle fait est de recruter des chômeurs et des prestataires d’aide de dernier recours et de les soutenir à elle seule (autrement que par ses œuvres caritatives). Ces derniers sont confiés aux bons soins de l’ensemble de la population. Ainsi, les effectifs anglophones qui rencontrent d’intenses problèmes économiques sont les premiers à s’intégrer ou s’assimiler aux effectifs de langue française.
Au final, les statistiques socio-économiques des anglophones s’avèrent structurellement supérieurs à celles des francophones. En effet, chez les premiers, le revenu moyen, les taux de chômage, de prestataires de la sécurité du revenu et de pauvreté sont supérieurs à ceux de la communauté francophone. Cette dernière a de plus l’obligation d’intégrer tous les anglophones laissés pour compte, tandis que le réseau de langue anglaise déborde d’emplois pour natifs et immigrants non anglophones, anglicisés et anglotropes. Des places dans les universités et dans les collèges de langue anglaise, qui offrent une formation québécoise reconnue dans le réseau anglais continental (McGill et même Concordia, dix fois plus connue que la plus connue du réseau français), une formation très peu chère en comparaison avec les voisins canadiens et étatsuniens, en plus d’un environnement locatif ou de propriétés à très bas prix, dans un cadre de vie de qualité, ainsi que de bons emplois dans le réseau anglais et les grandes entreprises transnationales. Tout cela avec la citoyenneté canadienne en prime et un laisser-passer vers le reste du continent.

Est-ce par choix politique délibéré que le gouvernement du Québec continue de mettre tout son poids contre le français, notre langue nationale, en appuyant le libre- choix de la langue d’enseignement au niveau collégial ? En soutenant la supériorité de l’anglais dans les services publics ? En soutenant des systèmes économiques voués à l’exploitation des ressources nationales et à leur exportation ? Il semble, au final, que ce le libre-choix qu’il fallait contrer en matière de langue d’enseignement pour enfants d’immigrants devrait aussi valoir en matière de libre de la langue d’échanges avec l’État et avec le secteur privé. Il appert également que l’État québécois devrait parfaitement pouvoir légiférer pour assurer la prédominance du français en matière d’éducation post- secondaire comme sur le marché du travail, à l’image de ce qu’il a fait pour imposer le français dans les écoles de niveau primaire et secondaire. Ce qui a changé le cours des choses.

Pourquoi le gouvernement québécois n’a-t-il jamais procédé en la matière ? Pourquoi est-il lui-même devenu promoteur du libre-choix et, ce faisant, générateur de pressions à l’encontre du français ? Pressions qui vont certes perdurer, sous le même régime, après l’indépendance. Il semble, en réalité, que tous les gouvernements québécois obéissent à un électoralisme qui place les non-francophones au sommet de la « pyramide des citoyens ».Un électoralisme qui a finalement lui-même créé cette nouvelle communauté anglophone qui dispose d’une influence politique colossale tout autant qu’indue, mathématiquement égale à celle des francophones mais que personne n’a jamais approché publiquement. Au cours des cinquante dernières années, la communauté anglophone doit son expansion à l’apport de francophones et d’allophones anglicisés, à l’apport des immigrants et des Canadiens des autres provinces. Mais elle la doit également et surtout à l’État québécois, qui finance par tête de pipe et assume le gros de la croissance des établissements du réseau anglais, notamment ses cégeps et ses universités. Ainsi protégées par le fédéral ET le provincial, McGill et Concordia sont demeurées, depuis 50 ans, deux grands hauts lieux d’anglicisation et de défrancisation au Québec. De concert avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, elles sont en passe de devenir les grands définisseurs de la politique d’immigration et de la politique d’intégration du Québec. Mais déjà, elles participent de plain-pied à la discrimination systémique qui s’exerce à l’encontre des francophones au Québec et au Canada.
Comme les sacrifiés de la bonne entente, francophones du Pontiac québécois, les Québécois francophones réclameront un jour non pas des cours en français mais des cours de français.

* Source : Statistiques de l’enseignement supérieur 2014 du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Pierre Serré
Président des Intellectuels pour la souveraineté

Un poème d’André Jacob :Je  suis la paix

Au bord d’une mer étale
irisée par la lumière de l’aube
un rideau se lève la paix se dessine
à travers des cirrostratus.

Nymphe évanescente
elle avance à tâtons en équilibre instable sur un fil de fer.

Je l’observe, je tremble.

Elle peut basculer
dans le vide de l’horizon
mystère aux mille visages
je l’appelle je l’implore.

Pour briser le mur de la peur
je crie à pleins poumons
je suis la paix.

Pour adoucir les deuils
je clame en mille poèmes
je suis la paix.

Pour rappeler la tolérance
je sculpte un gigantesque monument
Je suis la paix.

Pour dénoncer la haine
je chante fortissimo
je suis la paix.

Pour exiger le respect
j’écris en lettres d’or
je suis la paix.

Pour casser les murs
je peins une fresque infinie
je suis la paix.

Pour éradiquer l’intolérance
je sculpte en lettres majuscules
je suis la paix.

Pour vivre dans la dignité
je décline en poésie
je suis la paix.

Pour établir la justice sociale
je filme en gros plan
je suis la paix.

Pour faire taire les canons
je rejoue sur toutes les scènes
je suis la paix.

Pour stopper les producteurs d’armes
je gueule sans vergogne
je suis la paix.

Pour réinventer le monde ensemble
parlons écrivons chantons dansons sculptons et peignons
je suis la paix.

Pour briser le silence
L’écho reprend en chœur
je suis la paix.

André Jacob
Artiste pour la paix Membre du CA des IPSO

Deux Soirées-débats des IPSO : Une contre-histoire du Québec

Le premier débat a porté sur les débuts du régime anglais et du parlementarisme québécois
Voir sur les cinq videos sur la page facebook des IPSO https://www.facebook.com/pg/LesIPSO/videos/?ref=page_internal

Compte rendu de la deuxième soirée (4 avril 2017) des IPSO consacrée à la Contre- commémoration du 150e anniversaire de l’AANb, basée sur une contre-histoire du Québec débarrassée des mythes et mensonges entretenus par les vulgates officielles canadienne et québécoise.

La soirée, qui s’est tenue dans la métropole au 82 Sherbrooke ouest, était à nouveau animée par monsieur Robert Comeau, historien, qui a présenté d’abord les trois panélistes.François Deschamps a d’emblée signalé l’intérêt d’une démarche à contre- courant des idées reçues et des simplifications, notamment pour cerner ce qui s’est passé à Montréal dans les années 30 et 40 du 19ème siècle. Et aussi à Londres où l’effervescence montréalaise et québécoise fut interprétée dans des cercles du pouvoir traversés par de nouvelles tendances et des luttes internes. Il signale l’intérêt du jeune John Stuart Mill pour la question du Québec. Les Anglophones du Montréal d’alors ne furent pas non plus tous d’accord avec la faction ultra-tory qui va réussir à imposer son agenda au gouvernement britannique, Quelques années avant les «troubles» de 1837- 38, Adam Thom avait, quant à lui, écrit le scénario qu’allaient suivre les ultra montréalais anglophones, l’insurrection des milices pour obtenir le départ du gouverneur et la fin de sa politique trop conciliante envers la population francophone, en s’appuyant sur la complicité de l’armée, notamment de son état-major, gagné à la cause orangiste, et une décision finale en faveur de la fusion du Haut et du Bas-Canada. François Deschamps développe la vision idéologique des ultra-tories d’un Empire britannique mondial, avec une Amérique du Nord entièrement anglophone, projet que menaçait la naissance d’un État francophone dans le lieu stratégique que constituait la vallée du Saint-Laurent. Et, de fait, le peuplement de ce monde anglophone global sera soutenu tout au long du siècle par une émigration massive et ininterrompue en provenance du Royaume-Uni.

Lucille Beaudry, politologue, s’est penchée sur l’évolution de la pensée politique chez les intellectuels du Québec à partir des lendemains de l’Acte d’Union (adoption à Londres en 1840 et proclamation du Canada à Montréal l’année suivante). D’abord elle fut marquée par l’irruption du religieux comme élément décisif dans la nouvelle définition identitaire des francophones. Leur minorisation dans le Canada ainsi mis en place entraîna aussi, pour remplacer le projet inclusif qu’avait été celui des Patriotes, une obsession de la nation ethnique et un repli sur le culturel. La nation cesse d’être vue comme une communauté politique. On la concevait dorénavant comme une communauté culturelle. Si l’Institut canadien essaie tant bien que mal de demeurer fidèle à l’esprit de 1837, il est vite débordé par le courant majoritaire qui fait du religieux le premier critère de définition du «Canadien-français». Les nouvelles métamorphoses du nationalisme chez les intellectuels conserveront des étapes précédentes, l’un héritage identitaire tel qu’il avait alors été mis au point. Aussi bien chez Tardivel qui relance le rêve indépendantiste que chez Henri Bourassa pour qui la «nation» inclut francophones et anglophones, lesquels auraient réalisé ainsi, à travers l’AANb, une entente entre deux communautés égales. Henri Bourassa développera par le fait même une pensée politique qui rejettera simultanément le séparatisme de Tardivel et l’impérialisme mondial britannique, et qui n’a eu d’écho alors que chez les francophones.

Pour Jean-François Payette, également politologue, 1867 (l’AANb) est l’enfant de 1840-41 (l’Acte d’Union).L’effet particulièrement désastreux de l’Acte d’Union a été de refouler le peuple québécois dans le culturel et le linguistique, de l’amputer de ses dimensions politique et économique. 1840-41 fait des francophones une nation privée d’outils, lesquels sont accaparés par les gagnants de l’union imposée, les membres de la nation canadian en devenir. Un certain leadership francophone va bâtir sur de telles ruines un phantasme : celui d’une prétendue Confédération au sein de laquelle vivraient des peuples égaux, reprenant par-là la pensée d’Henri Bourassa, et où les habitants de la province de Québec auraient récupéré une partie de la souveraineté globale, partagée entre les niveaux de gouvernement. Cette thèse, absurde en théorie puisque la souveraineté est précisément ce qui ne se partage pas, qui est exclusif, se verra constamment contredite dans les faits, par les empiètements, les charcutages de lois provinciales, les désaveux par l’État propriétaire de la souveraineté vraie, pleine et entière, l’État canadien.

Colloque annuel des IPSO

Le colloque annuel des IPSO, l’assemblée générale annuelle et la remise du prix Jacques-Parizeau se tiendront à Montréal, le samedi 10 juin 2017, à la SSJBM, Maison Ludger-Duvernay, 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal (métro Place-des-Arts).

Le thème du colloque: La langue française, facteur d’intégration, de citoyenneté dans le contexte de la mondialisation (titre provisoire)
Veuillez mettre cette date à votre agenda.

Événements autour de la visite du Général de Gaulle au Québec

Au cours des mois à venir, on célébrera le 50ème anniversaire de la visite du Général de Gaulle au Québec.

Colloque commémoratif 26 et 27 mai 2017: Les retombées de la visite du Général de Gaulle au Québec en juillet 1967.
(Voir le programme sur http://ssjb.com)

Un ouvrage de André Duchesne, «La traversée du Colbert, de Gaulle au Québec en juillet 1967», Éditions du Boréal, paraîtra le 6 juin.

Une reconstitution du parcours de De Gaulle sur le Chemin du Roy aura lieu le 24 juillet.

En août, on célébrera le 40e anniversaire de la Loi 101 (août 1977).

Prix Jacques Parizeau

Ont été bénéficiaires: Guy Rocher, Pierre Vadeboncoeur, Gilles Vigneault, Jacques Yvan Morin, Louise Beaudoin, Serge Cantin.

Voir : http://ipsoquebec.org/prix-jacques-parizeau/

Le prix Jacques-Parizeau a été institué en 2011 et vise à reconnaître l’apport d’un intellectuel pour ses contributions remarquées à l’avancement des connaissances ou des arts au Québec et pour ses prises de positions publiques insignes en faveur de la souveraineté du Québec.

Présence des IPSO sur Internet et les réseaux sociaux

Les IPSO sont à la recherche d’une personne, membre des IPSO ou non, qui désirerait s’impliquer en tant que bénévole dans un dossier prioritaire. Sous la supervision du responsable approprié, cette personne travaillera à la mise en place d’un système d’accès aux archives de l’organisation, cela à partir de documents numérisés et informatisés, suivant son propre rythme de travail. La personne intéressée est priée de communiquer avec le président des IPSO, Pierre Serré, aux coordonnées mentionnées dans le présent Info-IPSO ( pspedrito9@gmail.com)

Le nouveau site des IPSO : https://ipsoquebec.org

Nous tenons à remercier Dominique Senay spécialiste de conception web
( http://webmeca.com) qui a travaillé à faire le site sous la responsabilité de Joël Côté, membre du CA des IPSO.

Micheline Labelle, vice-présidente des IPSO

Pour en finir avec l’argent et des «votes ethniques»

En analyse électorale, les choses sont ou ne sont pas. Premièrement, le vote est fonction de l’appartenance linguistique des individus et derrière celle-ci, de son appartenance culturelle, de sa culture politique. Celle-ci est étroitement associée à son identité nationale, qui recouvre ses attitudes, ses valeurs et ses comportements. Au référendum de 1995, 95 % du vote s’expliquait par la langue parlée à la maison, non par la langue maternelle ou l’origine ethnique. Si le OUI a été battu en 1995, il le fut par… des votes linguistiques, non par des votes ethniques.

Ethniquement, les choses sont on ne peut plus brouillées. Pour leur part, les allophones se divisent en deux grands groupes : les individus de langue(s) autre(s) que française ou anglaise qui proviennent de pays tournés vers le français ou tournés vers l’anglais. Ceci signifie qu’il y a des immigrants francotropes et anglotropes, où les premiers, francotropes, sont soit francophones de langue maternelle, soit francisés selon leur langue parlée à la maison, soit francophones selon leur langue parlée en public.

Tant que les ressortissants de ces pays francotropes n’utilisent pas le français à la maison, ils restent allophones. Idem pour les immigrants anglotropes. Les ressortissants francotropes sont grosso modo les seuls à développer une identité nationale québécoise unique ou mixte (avec leur identité nationale d’origine), tandis que les ressortissants anglotropes sont les seuls à développer une identité nationale canadienne unique ou mixte. Pour les représentants des associations ethnoculturelles, agents d’intégration soutenus par Ottawa, il est possible d’en appeler aux citoyens immigrants ou descendants d’immigrants qui ne se sentent aucune identité québécoise, qui se sont faiblement intégrés à la majorité francophone parce qu’ils viennent d’arriver ou qu’ils sont arrivés à un âge avancé ou qui ont très peu de contacts avec la majorité francophone.
Mais plus ces immigrants ou descendants d’immigrants sont intégrés ou assimilés aux francophones ou aux anglophones, moins les associations sont capables de les mobiliser sur la seule base de leur ethnicité. Il y a ainsi des francophones d’une ethnie autre que française, des personnes d’origine française qui sont de langue anglaise, des Britanniques qui sont de langue française, etc. Globalement, les allophones ne correspondent qu’à environ la moitié des effectifs immigrants, tandis qu’un quart est de langue française et un autre quart de langue anglaise.

Conséquences : affirmer que le vote au référendum de 1995 a été fonction de l’ethnicité est donc faux, tandis qu’affirmer que le NON l’a emporté essentiellement grâce au vote non-francophone est vrai. Au point où cette variable écrase toutes les autres variables, appartenance au sexe, origine ethnique, âge, région, revenu ou scolarité, professions ou secteur d’activité. Aucune ne parvient à expliquer plus que quelques points de pourcentages du vote, tandis que la langue parlée à la maison explique au moins 90 % des résultats. Enfin, notre propre analyse menée sur la tricherie lors du référendum de 1995 montre que le vote légitime a clairement été renversé par le vote illégitime.
Quand on parle d’une défaite, pour ce deuxième référendum, de quoi parle-t-on ?
Le vote linguistique a non seulement renversé le vote indépendantiste en 1995, il a aussi renversé le vote francophone lors des élections des gouvernements libéraux de 1989, 2003, 2007, 2008, 2014. Quant au système de partis actuel, celui qui s’est mis en place depuis 2000-2003, l’une de ses caractéristiques devrait inquiéter de nombreux citoyens. Outre qu’il soit devenu dorénavant improbable qu’un nouveau référendum ait lieu ou qu’un parti indépendantiste pose des gestes de rupture, le pluralisme partisan est devenu la règle, mais chez les francophones uniquement, ce qui fait que le vote bloc des non-francophones tient. Il en résulte qu’il est, depuis cette date et dans un avenir prévisible, de plus en plus difficile, pour un parti indépendantiste, d’accéder au pouvoir en solitaire. Ce qui signifie que l’exercice du pouvoir en revient presque exclusivement aux libéraux. Un Parti Libéral qui, petit à petit, s’acharne à démolir l’État providence, à favoriser les intérêts privés et la corruption ainsi qu’à remettre en place la prédominance de l’anglais partout au Québec.Alors même que la minorité anglo-québécoise est disparue, mais que la communauté anglophone n’a jamais été plus nombreuse qu’aujourd’hui, nous vivons aujourd’hui dans un Québec « provincial » qui a lui-même, avec l’aide du fédéral, créé une nouvelle communauté anglophone dans le sillage de la minorité d’origine britannique. Un Québec qui n’a pas su se franciser, qui est resté, pour l’essentiel, anglicisant. Et qui le sera d’ailleurs de plus en plus. Puisque nous recommandons que les francophones intègrent dans l’analyse l’aspect linguistique prédominant au sein des rapports intercommunautaires, bien des immigrants et des allophones d’ici devraient en faire autant. L’État providence tel que nous le connaissons en dépend. De même que la prédominance des intérêts privés sur l’intérêt général. Notre question, en 2017, est la suivante : jusqu’où irons-nous dans cette direction ?

Pierre Serré Président des Intellectuels pour la souveraineté

Le Réseau Cap sur l’indépendance (RCI)

Les organisations de lutte pour l’indépendance vivent présentement une sorte de « révolution » en matière d’organisation et de financement. Chacun sait le grand morcellement vécu dans l’ensemble du mouvement, ce qui fait en partie sa force mais aussi sa faiblesse. De même, le financement de l’ensemble des organisations est morcelé, et la conséquence première est la faible longévité de la plupart des organisations.

Ces choses sont peut-être en passe de changer. Du moins en partie. Avec le Réseau Cap sur l’indépendance (RCI,
http://capsurlindependance.quebec/), les organisations indépendantistes ont la possibilité de mettre en commun leurs ressources afin de se doter non seulement de moyens de financement unifiés mais aussi d’« outils politiques » communs qu’aucune organisation ne parviendrait à soutenir à elle seule.

Pour mener à bien sa mission, le RCI devait pouvoir s’appuyer à la fois sur une organisation aux reins assez solides pour investir un capital de départ dans la mise en place d’un « socio-financement », à l’image de ce qui se fait dans de nombreuses autres organisations à but non lucratif, telles Amnistie internationale, Centraide, Fondations XYZ pour l’environnement, etc. Cette organisation, ce fut la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. À l’époque, chaque employé du RCI devait solliciter les citoyens-nes afin qu’il donne un micro-don mensuel de quelques dollars destiné à une organisation ou à une cause particulière de la SSJB-M. Ces dons se répètent chaque mois indéfiniment, tant que la personne sollicitée ne désire pas y mettre fin. Et tant que le citoyen financeur continue à donner, tant que la cause est bonne et que l’engagement financier tient, le pactole ne fait que croître au fur et à mesure que s’ajoutent les donateurs.
Au début du projet de socio-financement, les revenus (moins de 15 000 $) atteignaient à peine la moitié des montants investis pour soutenir l’opération. Mais aujourd’hui, plusieurs années plus tard, les montants réellement obtenus par RCI dépassent les 100 000 $ et l’organisation projette en obtenir plus de 300 000 $ d’ici quelques années. La cible n’a rien d’irréaliste.

Qu’y a-t-il dans ce projet pour les IPSO ? Et qu’y a-t-il pour de nombreuses autres organisations indépendantistes ? Dans un premier temps, pensons-nous, RCI s’engage à financer divers projets à la carte, en fonction des mérites de chaque projet et des liens avec chaque organisation. Une révolution en soi dans le financement des organisations indépendantistes. Ainsi, un colloque annuel, une Soirée débats ou une Soirée discussion autour de l’œuvre d’un écrivain invité pourraient faire partie des projets financés en partie ou en totalité par les fonds RCI. On le voit, ceci libérerait les énergies consacrées par les organisations à la recherche incessante de financement. Du coup, ces changements canaliseraient les énergies vers les activités de formation politique à proprement parler, au cœur de la mission de chaque organisation.

RCI est bien plus qu’une simple entité vouée au financement des organisations indépendantistes. RCI dispose déjà d’un « Calendrier universel », un outil extraordinaire destiné aux organisations indépendantistes. Y sont consignées toutes les activités de toutes les organisations, cela de manière automatique, cela sans que l’organisation qui tient l’événement n’en soit même au courant. Le militant peut déjà consulter ce calendrier sous l’adresse «
http://aqction.info/ » et savoir quelles activités ont lieu chaque jour de l’année, avec renseignements afférents (lieu, heure, organisation titulaire, etc.); on peut sélectionner les activités par lieu, par organisation, par date, etc. RCI a également l’intention de mettre en place une Webtélé à l’intention des organisations indépendantistes; tout l’équipement est déjà acheté. Une équipe est à pied d’œuvre, dans le cadre du projet «Écran libre.TV», pour créer des vidéos viraux sur l’indépendance. Plusieurs autres projets sont en marche.

Les IPSO sont évidemment fort enthousiastes à l’égard de RCI, projet qu’ont tenu à bout de bras la SSJB-M et ses deux derniers présidents, Mario Beaulieu, et, plus encore, Maxime Laporte. Clairement, pour les IPSO, l’avenir, le leur et celui du mouvement en général, est dans ce genre d’organisation mettant en commun des énergies et des talents. Les IPSO invitent donc tous et chacun à s’intéresser au RCI et à faire partie de ce nouveau chapitre dans l’évolution du mouvement indépendantiste. Soutenons le RCI dès maintenant.
Pierre Serré Président des Intellectuels pour la souveraineté

La question autochtone et le racisme systémique

Micheline Labelle, professeure émérite, UQAM et Pierre Serré, politologue, respectivement vice-présidente et président des Intellectuels pour la souveraineté.

Le 7 novembre dernier les IPSO organisaient un débat intitulé : Pour un Québec indépendant, égalitaire et antiraciste. Au-delà de l’examen des politiques publiques mises en place par les ministères et les institutions publiques, il s’agissait d’imaginer un projet d’avenir qui prendrait à bras le corps la lutte contre le racisme. Tâche difficile mais absolument nécessaire… L’une des difficultés soulevées par les participants concernait la notion de discrimination systémique (ou structurelle) qui soulève l’incompréhension. Si la discrimination peut être à caractère raciste, sexiste, homophobe, etc., c’est le racisme qui fait peur. Car parler de racisme au Québec laisse entendre, plus souvent qu’autrement, que le Québec est une société raciste, ce qui est une généralisation et une caractérisation déplorables et inacceptables. Mais admettre que le racisme existe au Québec, sous ses différentes formes, est incontournable et doit être examiné de front. La «crise» de Val d’Or l’exige. Définir avant d’agir L’analyse du racisme pose défi: soit que l’on en donne une définition trop extensive et qu’on le banalise, par exemple en parlant de racisme anti-jeunes, anti-homosexuels; soit que l’on en donne une définition trop restreinte, ce qui empêche de reconnaître les formes culturalistes sous lesquelles il se déguise. De plus il n’y a pas de définition universelle du racisme, ni dans les textes académiques, ni dans ceux des institutions internationales, ni dans ceux des gouvernements nationaux.

Mais ce qui est sûr, c’est que définir et réfléchir sur le racisme requiert que l’on en distingue les formes élémentaires. En effet, le racisme réfère à un ensemble de manifestations à ne pas confondre : 1)des préjugés et stéréotypes dénigrants et stigmatisants (les mots «Sauvage», «Nègre», «Indien», «Eskimau» figurent dans les recensements canadiens de 1861 et 1931); 2) des actes concrets de discrimination; 3) de la ségrégation de facto (suite à la Loi sur les Indiens); 4) de la violence (les crimes haineux). Surtout, il implique des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux (historiques ou contemporains) et il a une «fonction de stigmatisation, de légitimation et de domination, et dont les logiques d’infériorisation et de différenciation peuvent varier dans le temps et l’espace» (Wieviorka, dans Micheline Labelle, Racisme et antiracisme au Québec. Discours et déclinaisons, 2011, p. 25).

La discrimination systémique à caractère raciste s’appuie sur les préjugés et stéréotypes enracinés et intériorisés avec le temps. Au contraire de la discrimination directe elle ne résulte pas nécessairement des motivations individuelles mais elle se manifeste de façon structurelle dans les lois et les institutions: accès inégal aux soins de santé, écoles dans les réserves de qualité inférieure, biais dans les pratiques de recrutement en emploi, dans le domaine de la justice, profilage dans les pratiques policières, etc. Et le racisme soutient, conforte, plus souvent qu’autrement le sexisme (le cas des femmes à Val d’Or?), car ces deux idéologies font partie de la culture historique et géopolitique du système mondial. Le résultat : nous sommes en face de situations d’inégalités qui ont des effets préjudiciables, même involontaires, sur les personnes issus des groupes sociaux ciblés. Ceci entraîne leur incorporation sous le mode de la périphérisation dans le marché du travail, les institutions publiques, les médias, le système politique. Quant aux conséquences du racisme elles sont profondes : atteinte à la dignité des personnes et à la fierté de leur nom, intériorisation des perceptions négatives et estime de soi détruite, construction d’une conscience de supériorité chez certains groupes dominants, infiltration de l’idée de «race» dans le discours politique et médiatique; par exemple quand on s’acharne encore à reproduire des oppositions racialistes comme le binaire Autochtones/«Blancs» (sans parler de la réduction de la diversité que ce binaire suppose dans l’espace citoyen).

Le poids de l’histoire Historiquement, l’idéologie raciste est partie constitutive du colonialisme qui a présidé à la création et au développement du Canada, comme ailleurs. Considérée comme l’un des principes fondateurs de la société canadienne, elle a servi de pierre d’assise à la législation, au système judiciaire, aux politiques d’immigration, aux politiques sociales et d’éducation, aux représentations de la nation. Après la Seconde Guerre mondiale, le Canada a dû modifier son discours et ses pratiques, sous l’influence de facteurs internationaux (Déclaration des droits de l’homme, liens avec les anciennes colonies de l’empire britannique ayant acquis leur indépendance). Des politiques publiques de lutte contre le racisme ont vu le jour au palier fédéral et au Québec. Mais cela ne signifie pas que les effets pernicieux de l’histoire coloniale aient disparu de nos institutions et de nos mentalités.

Rappelons qu’en 2004, suite à sa mission au Canada, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, Doudou Diène, considérait que la discrimination systémique était encore présente dans les institutions canadiennes et québécoises. Il se disait extêmement préoccupé par leur situation économique, leurs droits à l’éducation, au logement et à la santé, par le haut taux d’incarcération, de violence et de décès en détention des peuples aborigènes, la situation des femmes, sans oublier le respect des traités et notamment la reconnaissance des droits fonciers des populations autochtones.

Lors du récent débat des IPSO, Me. Armand MacKenzie faisait état du procès d’un Autochtone dans une salle bondée d’Autochtones à Sept-Îles, où tout se déroulait en français. Voilà un exemple de discrimination structurelle ou systémique dans les pratiques de défense du système de justice. Qui donc peut soutenir que les populations autochtones du Québec sont à l’abri des racines profondes et des séquelles du racisme colonial, sans parler du sexisme? Une perspective antiraciste L’antiracisme désigne simplement l’ensemble des actions citoyennes et des politiques publiques visant l’élimination du racisme tant au plan des interactions personnelles que dans les institutions. Comme le soulignait Armand MacKenzie lors du débat IPSO (https://www.facebook.com/LesIPSO/?r…), des pistes de solution existent: la reconnaissance des préjugés et de la discrimination, une politique globale de la mémoire dans l’enseignement de l’histoire nationale, le renouvellement des pratiques et des institutions (ex. l’administration de la justice, une députation autochtone à l’Assemblée nationale), etc. Mais de manière plus urgente, la tâche immédiate consiste à instituer une commission d’enquête sur la situation des femmes autochtones à Val d’Or, laquelle pourrait déboucher sur un Plan d’action contre le racisme, spécifiquement québécois, ce qui a existé pour les minorités ethniques et racisées, mais qui n’a jamais existé en ce qui concerne spécifiquement les nations autochtones.