Sortir des sentiers battus pour relancer l’indépendance et reprendre le pouvoir

De récents événements incontournables offrent une occasion rêvée de non seulement participer au débat de l’accession à l’indépendance, mais mieux encore sortir des sentiers battus. Ces événements se déclinent comme suit : une nouvelle course à la chefferie du Parti québécois (PQ), d’une part; et le mandat confié, par les trois partis politiques indépendantistes, à Oui Québec (qui regroupe toutes les organisations souverainistes), de coordonner, dans une première phase, des travaux se limitant à trouver un terrain d’entente sur le mode d’accession à privilégier qui soit commun à tous ces partis, d’autre part.

Pour l’heure, le débat engagé entre les candidates et les candidats à la chefferie du PQ apparaît inquiétant; car, cette fois, comme maintes fois, en regard de l’accession à l’indépendance, le dilemme du parti reste entier et les opinions sont tranchées. Comme toujours, en effet, il y a ceux qui sont prêts à aller au front dès la prochaine campagne électorale. Ils espèrent proposer un référendum le plus rapidement possible, dès le premier mandat, parce qu’ils ne croient plus à la stratégie du bon gouvernement. Mais, il y a également ceux qui croient qu’il reste insuffisamment de temps, avant la prochaine élection, pour choisir cette option; option qui, du même coup, se révèlerait à leurs yeux suicidaire, d’autant plus qu’il y a péril en la demeure : il faut à tout prix chasser ce gouvernement libéral qui, chaque jour, s’amuse à déstructurer les acquis de l’approche sociale-démocrate construite avec peine depuis la Révolution tranquille.
Les adeptes de la première thèse pourront compter sur une candidate extrêmement volontaire, Martine Ouellet, qui reçoit un appui inconditionnel, mais surprenant, à cette étape-ci, de Louis Bernard, pour lequel une très grande majorité de souverainistes éprouve un respect indéfectible; elle mérite également cet autre appui, celui de Sol Zanetti, chef d’Option nationale (ON), qui, à l’unisson de son fondateur — et ancien chef —, Jean-Martin Aussant, indiquait ceci : « C’est pas si compliqué de faire preuve de courage et d’être clair envers les citoyens. » Quant à l’autre thèse, elle se voit méthodiquement défendue par Jean-François Lisée. Il faut lui en savoir gré, affirmant, sans paravent, ce qui mérite au moins une analyse sérieuse, à savoir que le temps manquera dans un prochain mandat pour relancer l’indépendance, et donc, qu’il faut compter avec le temps. Ancien député péquiste, Camil Bouchard défendait les mêmes positions dans un billet publié en mars dernier sur son blogue et Gérald Larose, plus récemment, tenait des propos similaires. Ce constat étant aussi fortement appuyé par Pierre-Alain Cotnoir, sondeur expert reconnu, ayant réalisé de nombreuses études sur les perceptions des Québécois vis-à-vis de l’indépendance. Aussi écrivait-il récemment dans L’aut’journal ce qui suit : « L’opinion publique forme un système complexe. Comment des gens sensément intelligents peuvent-ils s’imaginer qu’en prônant une démarche misant sur une forme d’évangélisation politique on puisse [sic] en quelques mois ou même quelques années amener une part substantielle de l’électorat à y souscrire. »

Dans ce type de débat, ce qui est regrettable, c’est l’enfermement auquel se condamne le mouvement souverainiste, et plus spécifiquement le PQ, ne ménageant ainsi aucune ouverture d’esprit à d’autres avenues, tout en faisant rire à gorge déployée les fédéralistes. Et pourtant, il en existe d’autres. Et, c’est notre défi d’en présenter une, ici. Heureusement, Véronique Hivon et Alexandre Cloutier gardent une certaine réserve sur la mécanique d’accession à l’indépendance, pour le moment. Notons, cependant, que Cloutier semble plus réservé quant à l’obligation de convergence avec les autres partis souverainistes. On peut souhaiter que les autres candidates et candidats puissent, le temps venu, regarder attentivement l’option que nous proposons.
Pendant ce temps, le parti Québec solidaire (QS) semble s’être mis en attente du choix du prochain chef du PQ avant de participer réellement aux échanges relatifs à la convergence prévus au mandat de Oui Québec. De plus, à leur congrès de la fin mai, les militants ont adopté le maintien de la proposition initiale de 2009, c’est-à-dire un mandat ouvert, où est laissé à l’assemblée le choix du type de constitution aboutissant à un Québec-pays ou à la poursuite du lien avec le fédéral. Cette position inchangée du congrès de Québec solidaire ne facilitera pas les discussions sur la convergence visant le processus référendaire.

Tout en étant progressivement perçu, dans l’opinion publique, comme un vieux parti, le PQ, pour sa part, porte hélas! le poids de l’échec de deux référendums perdus. Bien que la faute ne puisse lui être entièrement attribuée, ses rôles de porteur et de promoteur du moment d’un référendum lui collent à la peau. Pour ce parti, le renouveau est affaire de survie et incontournable!

Au cours de la dernière élection générale, en 2014, et malgré une approche stratégique molle, pour ne pas dire floue sur cette question de la part du gouvernement Marois, ses adversaires politiques ont réussi à faire d’un potentiel échéancier référendaire un enjeu majeur de la campagne, car, dans l’esprit des électeurs, le PQ est considéré comme le seul déclencheur de cette démarche. Par malheur, une bonne majorité (64 %) de citoyens ne semble pas souhaiter un nouveau référendum (Sondage Léger-Marketing, Le Devoir, 9 octobre 2015). Elle paraît au contraire vouloir fuir ce vote comme si c’était la peste.

Avant d’aborder de front la question de la stratégie d’accession à l’indépendance, rappelons quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Malgré les résultats du dernier référendum, où 49,6 % des Québécois avaient répondu oui, dont 57 % des jeunes de 18 à 34 ans, depuis 1995, l’un après l’autre sondage montre que l’indépendance du Québec reçoit, selon les périodes, après répartition des indécis, un appui oscillant entre 35 et 45 %, les derniers indiquant autour de 41 %. Ces résultats étant plafonnés à ces niveaux, malgré le fait que la majorité des Québécois croie qu’un Québec indépendant serait viable! Ne se souvient-on pas que même un Jean Charest, en Suisse, osât l’affirmer?

Pourtant, les états d’âme contradictoires des Québécois vis-à-vis de l’indépendance sont légion. Retenons que c’est 1 800 000 d’électeurs, qui n’avaient pas l’âge pour voter, en 1995, qui y auraient droit aujourd’hui. Selon Cotnoir le pourcentage, par exemple, de jeunes (18-35 ans) favorable à une négociation avec le gouvernement fédéral atteint 80 % (1); et, selon un sondage Léger-Marketing fait pour l’Institut du Nouveau Monde, par rapport à 1995, les jeunes de 18-24 ans sont, aujourd’hui, moins souverainistes (41 % vs 63 %) (2). En revanche, et en même temps, cette même catégorie de jeunes se présente plus que jamais comme Québécoise d’abord, à près de 68 %, soit un taux de 10 % plus élevé qu’au référendum de 1995 (3). Quel défi immense cache ces chiffres!

Comme ils l’ont trop souvent été depuis 20 ans par les stratèges souverainistes de tout acabit, tous ces chiffres ne peuvent être balayés d’un revers de la main. Il y a derrière ces situations, qui ont été évolutives, des défis que l’on ne peut plus omettre. D’ailleurs, il serait dangereux de croire en un renversement spontané possible… soit grâce à un leader charismatique à la tête du PQ, ou à un coup de force extrêmement impopulaire du fédéral, ou à une campagne électorale menée de main de maître, ou à une stratégie du tout ou du rien. Aussi, au cœur d’une autre course à la chefferie du PQ et d’une volonté de tenter la convergence, s’interroger sur l’article 1 du programme du PQ est-il primordial : de là découlent toute la stratégie de mobilisation à venir — plus qu’indispensable — et le rôle des partis souverainistes dans cette démarche.

La question de fond autour de cet article amène deux thèses fortes déjà évoquées à s’affronter, savoir : la première met en jeu les tenants de l’abandon de l’étapisme, souhaitant qu’on joue, comme ils le disent, franc jeu avec les Québécois pour que l’élection d’un gouvernement indépendantiste enclenche immédiatement le processus de création du pays, leur thèse étant bien débattue dans un article intitulé « La bataille de l’article 1 », paru dans L’Action nationale (avril-mai 2014), sous la plume de Simon-Pierre Savard-Tremblay. On y fait une démonstration intéressante s’appuyant sur le fait que le boulet du référendum ait généré son propre malheur, car « [l’ensemble] des maux de l’indépendance relèvent généralement de la recherche de voies compensatoires à notre incapacité de penser concrètement un ensemble de politiques de rupture qui s’inscriraient dans le parachèvement de notre État-nation ». En clair, à force de ne vouloir faire peur à personne avec l’idée de l’indépendance, pour augmenter nos chances de gagner un référendum, nous en sommes venus à ne plus en parler, voire à ne proposer que d’être de meilleurs gestionnaires de la province avec comme argument principal pour déclencher un référendum d’attendre que les conditions gagnantes soient réunies. Ancrée sur la nécessaire démarche démocratique, la deuxième thèse, elle, soutient que le référendum doit demeurer un incontournable, malgré les difficultés additionnelles du temps qui passe, amenant des changements majeurs par l’immigration et la désaffection des jeunes plus individualistes que jamais.
Or, comme nous l’avons suggéré précédemment, il existe au moins une autre option que nous soumettons ici. Laquelle n’a jamais été essayée. Elle consiste à décharger le PQ de la responsabilité du déclenchement du référendum et à la mettre entre les mains des citoyens. Dans cette optique, pour que cette démarche ait des chances de succès, il apparaît impératif que le PQ soit au pouvoir, car la loi qui encadre les référendums devra être modifiée. Si les trois partis indépendantistes choisissaient cette avenue et que le PQ réussît à reprendre le pouvoir avec cette nouvelle perspective, il leur resterait cependant à contrer, d’ici à l’élection, l’éclatement grandissant, déjà annoncé, de la clientèle nationaliste (la nouvelle position constitutionnelle de la Coalition Avenir Québec [CAQ], le possible Nouveau Parti démocratique du Québec [NPD-Québec] et l’arrivée desdits orphelins politiques de Paul Saint-Pierre Plamondon). Pour chacun de ces courants, il existe un obstacle à relancer la démarche référendaire, de l’argument primaire des caquistes prétendant que les Québécois ne sont pas prêts à ceux des orphelins politiques, dixit Plamondon : « Dans la mesure où le Parti québécois propose de mettre en avant un projet référendaire lors des prochaines élections, il est fort à parier [sic] que le Parti libéral répétera le scénario des dernières élections et sera réélu, qu’il ait été compétent ou non durant son mandat » (Le Devoir, 2 mai 2016).
Selon nous, il est pressant que le débat, au sein des partis indépendantistes, et le PQ en tête, sorte de toute urgence de l’obsession de la date du déclenchement d’un référendum pour le focaliser sur l’essentiel : relancer la mobilisation souverainiste. Mais, cette fois, non pas en paroles, mais bel et bien en actions! Pour ce faire, il apparaît, c’est le simple bon sens, nécessaire d’éviter, pour la prochaine campagne électorale, de prêter de nouveau le flanc à toute critique ou attaque liée à un quelconque échéancier référendaire, dont le PQ serait le déclencheur.

Dans un même ordre d’idées, les deux legs les plus importants de Pierre Karl Péladeau (PKP) resteront sans nul doute, d’une part, son appel — franchement nouveau venant de la part d’un chef du PQ — adressé aux souverainistes leur indiquant limpidement que le PQ ne doit pas être et n’est pas le porteur unique de la démarche vers l’indépendance — personne ne le contestera —, et d’autre part, son invitation (avec Véronique Hivon, à titre de mandataire) à travailler à rechercher sincèrement la convergence avec toutes les forces vives souverainistes. Voilà des changements de cap qui deviennent des prérequis et que ne pourra ou ne devra ignorer aucune candidate ni aucun candidat à la chefferie du PQ! Ces éléments d’autocritique des stratégies passées du PQ apparaissent comme une vague de fond partagée par la grande majorité des militants souverainistes dans leur ensemble. Ces deux conditions sont essentielles à la réussite d’une démarche qui donnerait aux citoyens le pouvoir sur le déclenchement d’un éventuel référendum. Cela exige que tous les souverainistes endossent la responsabilité de mobiliser ces citoyens.

Ces constats ont comme principale conséquence pour la prochaine campagne électorale d’obliger le PQ à troquer — s’il veut devenir crédible auprès de ses interlocuteurs souverainistes, tels Option nationale, Québec solidaire (l’argument du passé touchant PKP étant neutralisé), Oui Québec et, bien sûr, les électeurs nationalistes — son rôle de porteur du déclenchement d’un référendum contre celui de facilitateur en restant évidemment résolument indépendantiste et en redevenant un pédagogue proactif avec des arguments renouvelés parce qu’on est en 2016, comme le dirait Trudeau.

Aussi le PQ devra-t-il, à la prochaine élection, offrir aux citoyens un gouvernement dont la priorité sera une gouvernance de l’État exempte de corruption, avec, comme orientation principale, le retour à l’égalité des chances et l’intégration d’une vision moderne du développement économique axé, notamment, sur l’environnement, sans pour autant renier son engagement formel pour la souveraineté en proposant une nouvelle démarche centrée sur une réelle mobilisation des forces souverainistes, femmes et hommes qui auront en main des outils qui ne leur ont jamais été offerts afin de mobiliser tous les Québécois sur le projet emballant de créer un pays.

L’approche que nous souhaitons privilégier découle de la conviction que, dans l’esprit des Québécois, le PQ demeure éminemment compétent lorsqu’il s’agit de gérer l’État, mais qu’il est considéré à titre de porteur de mobilisation pour la réalisation du Québec-pays comme moins crédible. Un constat percutant, notamment, chez les jeunes électeurs, la mobilisation réalisée en un court laps de temps par Jean-Martin Aussant et son équipe, à l’occasion de la création du parti Option nationale, en étant l’illustration la plus récente.

Mais comment s’y prend-on pour parvenir à insuffler une dose massive d’énergie mobilisatrice?

Il s’agit de renvoyer la responsabilité de l’essentielle mobilisation citoyenne sur l’ensemble du mouvement souverainiste — comme celui-ci le désire —, forçant ainsi son ralliement sous un chapeau unique, celui d’un Oui Québec fortement renforcé, et d’autre part, de confier le déclenchement d’un référendum aux citoyens eux-mêmes, comme cela a déjà été mentionné. Selon toute vraisemblance, ces deux actions permettraient de dénouer non seulement l’impasse dans laquelle s’enfonce le PQ, mais encore la parole souverainiste venant de tous les horizons, avant, pendant et après la campagne électorale. Et, vu le désintéressement général, la désillusion de la population envers la politique, notamment, chez les jeunes, cette approche forcerait toutes les forces souverainistes à se mobiliser avec un but commun d’abord, et à faire rêver ensuite, et à faire participer, enfin, à la définition du pays un maximum de nos concitoyens, donc d’en parler avec la mission d’avoir le nombre de signatures obligatoire. Le gouvernement péquiste, lui, s’engagera à offrir à ces nouvelles forces mobilisées des instruments-clés développés sous la direction et avec les moyens du gouvernement, intégrant l’apport d’une large plage d’expertise.

Alors, comment concrètement provoquer toute cette effervescence?
À la suite de tout ce qui vient d’être dit, le PQ doit préciser, noir sur blanc, dans son programme, au prochain congrès prévu en 2017, qu’il n’entend pas provoquer lui-même le déclenchement d’un référendum, du moins pour la prochaine élection. Et, en revanche, dès qu’il aura repris le pouvoir, il s’engagera à démarrer rapidement l’ensemble des actions suivantes :
1) Apporter les modifications requises à la loi sur la consultation populaire pour permettre l’enclenchement d’un référendum par initiative populaire et s’engager à le déclencher si le nombre de signatures est obtenu. La règle du million de signatures proposée par Alexandre Cloutier pourrait être retenue. Malgré l’intérêt de sa proposition, lancée au cours de la dernière campagne à la chefferie du PQ et pour laquelle il semble heureusement avoir pris du recul, elle comporte quelques défauts que l’on gagnerait à éviter : faire porter au seul PQ tout le fardeau du nombre de signatures, et surtout, le moment du déclenchement d’un référendum, et en outre, être encore à la merci des adversaires politiques qui brandissent trop facilement le drapeau de la peur d’un référendum. Il sera ô combien plus difficile d’être contre 1 million de nos concitoyens mobilisés par des forces vives venant de tous les horizons et qui décident eux-mêmes de provoquer le déclenchement d’un référendum! Cet amendement à la loi fournirait, tout bien considéré, une assurance absolue à toute la population qu’aucun référendum ne pourrait être déclenché sans une mobilisation citoyenne majeure. Au fait, il n’est pas inutile de rappeler que cela ne ferait que compléter les intentions avouées de René Lévesque et aurait pu changer le cours des choses, sinon le cours de l’Histoire. Un ex-secrétaire général à la réforme électorale, André Larocque, imaginait que, si cet instrument législatif avait été mis en place, pendant la Commission Bélanger–Campeau, il y a gros à parier que Bourassa aurait été contraint de déclencher un référendum au moment où la souveraineté du Québec atteignait son apogée, soit la faveur de plus de 60 % des citoyens.
2) Entamer, à l’instar de l’Écosse et de la Catalogne, au cours de leur récent référendum, une démarche appropriée en vue de définir les contours détaillés du Québec-pays, en privilégiant une contribution citoyenne la plus large possible. Notamment, en produisant, pour finir, un document de fond définissant le fonctionnement de ce Québec-Pays et en incluant, entre autres choses, le système électoral qui serait retenu, l’organisation de l’État après le rapatriement des sommes versées (quelque 48 milliards de dollars ou, en tenant compte des transferts fédéraux actuels, quelque 34 milliards [4]) par les Québécois à Ottawa, et en particulier, son impact économique dans les régions. Et plus encore, en montrant l’effet concret sur les préoccupations immédiates des citoyens : l’emploi, l’environnement, la santé, l’éducation, la justice sociale et les relations internationales. Et en s’attaquant sans détour aux questions concernant les nations autochtones et celles de nos concitoyens venant de l’immigration pour rendre à leurs yeux ce projet emballant, etc.
3) Mettre en place une assemblée constituante représentative dont le mandat serait de proposer un projet exaltant de constitution d’un Québec-Pays et lui donner les moyens de rejoindre le maximum de citoyens de toutes les régions et de toutes les origines. Cette démarche, qui pourrait paraître à certains peu mobilisatrice, le serait, au contraire, si elle est organisée avec les moyens modernes de communication et pourrait être un outil fort efficace pour soutenir l’intérêt des jeunes à rêver le pays. Le gouvernement s’engagera formellement à intégrer le résultat de cette démarche, soit un projet de constitution, au référendum, s’il était déclenché, pour être accepté par la majorité de la population, ou transformé minimalement en une loi avant la fin du mandat, si aucun référendum n’était demandé, à titre de constitution de transition. Cette loi y incorporait tous les articles pouvant résister aux tribunaux fédéraux ainsi que tous ceux qui pourraient explicitement recevoir l’aval d’une majorité de nos concitoyens, forçant ainsi le fédéral à prendre acte.

Un gouvernement péquiste conviendrait de réaliser ces trois engagements et d’en publier les résultats dans la première moitié de son mandat, offrant ainsi au milieu mobilisé le temps restant pour obtenir les signatures. Notre proposition prévoit la possibilité du déclenchement d’un référendum dès le premier mandat, ou du moins, relancerait activement l’idée du pays au sein de la population et au pis aller, préparerait le terrain pour qu’un référendum puisse être tenu dans un prochain mandat.
Cette approche devrait faciliter les discussions sur la définition d’un socle commun, au sein des forces souverainistes, à la fois pour éviter la dilution des votes pendant la prochaine campagne électorale et accoucher de certaines bases du document, qui définirait le Québec-pays. Lequel serait rendu disponible une fois que le PQ aura gagné le pouvoir.

Dès lors, le PQ pourrait employer le temps qu’il lui reste, d’ici à la prochaine campagne électorale, pour choisir de prime abord le prochain chef, définir le contenu de son programme en prévision de la prochaine campagne, plus particulièrement au chapitre économique. Ce volet ayant un grand besoin d’être actualisé. Cet aspect sera d’autant important pour le nouveau chef qui pourrait avoir un déficit de crédibilité à ce chapitre, notamment, face à François Legault et aux libéraux, malgré leur performance médiocre à ce jour; ces derniers bénéficiant des moyens de l’État et tentant, comme à la dernière campagne, d’accaparer ce thème. Les partis souverainistes pourraient aussi utiliser ce temps pour accélérer le renouvellement de l’argumentation pédagogique indépendantiste qui, lui aussi, doit être actualisé, et surtout, avoir enfin l’arsenal requis pour contrer la peur économique(4) utilisée sans ménagement par les fédéralistes, au cours des référendums de 1980 et 1995. Les partis souverainistes auraient aussi la tâche de faciliter, chez leurs membres, leur implication dans la mobilisation souverainiste souhaitée.

Pour sa part, le caucus pourrait se concentrer sur ses tâches de critiques du gouvernement libéral et redoubler d’ardeur à démontrer jour après jour les limites des pouvoirs d’une province, sans toutefois diluer son énergie dans des débats internes sur la stratégie à adopter pour relancer l’indépendance. Le nouvel Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI), quant à lui, lancerait et ferait avancer les discussions autour du Québec-pays par des études rigoureuses et bien ciblées.

Il semble risquer de croire que le PQ seul pourrait, dans les deux prochaines années et avec toute la bonne volonté du monde, se choisir un nouveau chef, mobiliser la population en général, et la jeunesse en particulier, relancer l’urgence de l’indépendance, définir les outils requis et gagner une élection en promettant, de surcroît, un référendum dans un premier mandat — stratégie déjà tentée sans succès dans un contexte ô combien plus favorable à celui d’aujourd’hui.
Somme toute, le projet Québec-pays doit concrétiser un projet de société comportant l’appui de 50 % plus un de Québécoises et de Québécois; sa facilitation et son passage doivent être assurés par un parti au pouvoir, alors que la responsabilité d’une mobilisation citoyenne, enfin mise au centre du processus et dont l’ensemble du mouvement souverainiste porterait le flambeau, doit demeurer l’enjeu principal des actions des souverainistes.

RENAUD LAPIERRE, ing., LL.L
Ex-commissaire aux États généraux sur la souveraineté
Indépendantiste culturellement et économiquement convaincu

1) Cotnoir, Pierre-Alain (1er février 2016) : « La question nationale et la troisième voie », dans L’aut’journal.
2) Sondage exclusif Léger -Marketing pour l’Institut du nouveau Monde, Sur la recherche scientifique et les aspirations des jeunes québécois (décembre 2015).
3) Lisée, Jean-François (2012) : Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments. Montréal Stanké.
4) Duchesne, Maxime (2016) : Finances d’un Québec indépendant, Action nationale, Montréal.

Prix Jacques Parizeau 2016

Survol de la carrière de Serge Cantin par Danièle Letocha

Si la figure de l’intellectuel est celle d’un esprit de recherche et de production auquel on peut rattacher des questions et des lignes d’enquêtes précises, alors le professeur Serge Cantin est sans contredit l’un des plus importants intellectuels du Québec.
Avec une formation en sociologie et en philosophie, il était en synchronie avec la pensée de Fernand Dumont dont il est devenu le disciple et l’ami. On lui doit la publication de recueils d’interventions, d’articles et d’entretiens de Dumont. Il a fait partie du Comité d’édition de ses œuvres complètes dont il a signé l’introduction générale. Cette grande édition érudite s’adresse surtout aux chercheurs. À l’autre bout du spectre, il a rédigé une pénétrante préface à l’édition du Lieu de l’homme pour la Bibliothèque québécoise (2005) qui assure la diffusion de Dumont auprès des étudiants et du grand public.
De cet héritage viennent plusieurs des lignes directrices de ses écrits : partant d’une théorie universelle de la culture, il s’est tourné vers le sort de la société québécoise dans un questionnement parfois sévère et inquiet mais toujours engagé.

Les questions qui l’animent depuis 1995 sont toutes liées à la quête du sens pour une nation, une société, un peuple : comment recevoir, porter, critiquer et transformer des traditions. Pour les Québécois, il s’agit de comprendre et de transformer le statut de l’ancienne société canadienne-française. La nation historique et son difficile passage à la modernité font l’objet, dans son œuvre, de plusieurs analyses qui toutes récusent la conception du pacte civique vide de valeur et de durée. Avec des équipes de recherche, il a étudié la brusque sortie du religieux au Québec. Ce qui l’inquiète, c’est que la religion n’est pas remplacée par un autre ciment social, par des valeurs communes puissantes et inspirantes. Pour Serge Cantin, ces problèmes de fondement et de convergence font obstacle au projet de souveraineté.

Depuis 1992, Serge Cantin a publié quatre livres; de plus, il a dirigé et codirigé quatre ouvrages collectifs singulièrement substantiels qui mettent au jour des tensions et des complexités anthropologiques dans la culture québécoise. Son dernier livre, La souveraineté dans l’impasse (P.U.L. 2014) insiste sur la responsabilité des intellectuels. Ainsi, on a pu lire sous sa signature huit textes dans la section «Idées» du Devoir. C’est un penseur qui, à 66 ans, laisse déjà une oeuvre considérable.

Il a démontré un engagement tous azimuts dans le rayonnement des études québécoises : – Déjà en 2002, il avait été nommé écrivain en résidence par la Ville de Lyon.
– Chercheur régulier au Centre d’études québécoises (CIEQ) à partir de 2005-
Titulaire de la Chaire d’études du Québec contemporain à la Sorbonne Nouvelle (Paris III) en 2008-2009
– Membre du C.A. de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) depuis 2010
En Europe, il a créé et maintenu des liens étroits et féconds avec les groupes d’universitaires chargés des études françaises hors de France et a publié avec eux. En Afrique, il a été invité à présenter ses travaux à l’université du Bas-Congo et à l’Université Unikin de Kinshasa (R.D.C.).
Les percées les plus remarquables pour les programmes d’études québécoises, il les a réalisées en Extrême–Orient depuis 2008. En effet, il a été invité à deux reprises à diriger des séminaires annuels à l’Université Hankuk de Séoul en plus d’y prononcer plusieurs conférences. De plus, en 2015, après plusieurs visites concernant le programme d’Études québécoises, il fut professeur invité à l’université Sophia de Tokyo où il a contribué à la traduction japonaise de L’Avenir de la mémoire de Fernand Dumont. Cette traduction vient de paraître chez Hakusuisha à Tokyo, avec une préface de 39 pages de Serge Cantin. C’est donc un important réseau de chercheurs en études québécoises qu’il a réalisé ou consolidé avec des équipes internationales.
Pour terminer, je mentionne que son livre Le philosophe et le déni du politique. Marx, Henry, Platon a reçu le Prix Raymond-Klibansky en 1993 et qu’il est le récipiendaire du Prix Richard-Arès 2014.

Compte rendu du colloque : La constituante, mode d’accès à l’indépendance

par Jacques Fournier organisateur communautaire retraité

Constituante : les Intellectuels pour la souveraineté approfondissent la question

Le colloque annuel des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), tenu le 11 juin à Montréal, portait cette année sur le projet d’une assemblée constituante. Un premier panel portait sur la constituante comme mode d’accès à l’indépendance et un second sur les institutions d’un Québec indépendant. Six panelistes judicieusement choisis ont ainsi apporté une contribution substantielle à la question : André Lamoureux, Jonathan Durand Folco, Philippe Bernard, Simon-Pierre Savard-Tremblay, Danic Parenteau et Guillaume Rousseau. Voici un résumé des grandes lignes de chacune des interventions.

Premier panel : la constituante, mode d’accès à l’indépendance, animé par Jocelyne Couture, philosophe Premier paneliste : André Lamoureux – L’appel à la constituante, avant ou après la proclamation de l’indépendance ? M. Lamoureux est politologue, chargé de cours en sciences po. à l’UQAM. Une constituante est toujours élaborée dans un contexte de grands bouleversements. C’est le mouvement de masse qui provoque le changement, pas l’assemblée constituante. On pense à la Révolution américaine, à la France de 1789, aux Patriotes de 1838, à l’Allemagne en 1919, etc. Doit-on travailler à adopter une nouvelle constitution pour le Québec avant ou après la déclaration d’indépendance ? La logique veut qu’on l’adopte après. Si on veut l’adopter avant, c’est opter pour le statu quo, donc le fédéralisme. Au mieux, une constitution adoptée avant l’indépendance, c’est une autonomie provinciale plus grande, le fédéralisme renouvelé. Se battre pour une constituante avant, c’est malheureusement ce que propose Québec solidaire (QS). Des partisans de QS disent que ce sont eux qui sont les premiers à avoir mis de l’avant un projet d’assemblée constituante pour le Québec. Ce n’est pas exact. Il y a 30 ans, il y a eu une tentative de relance du NPD-Québec avec le député Jean-Paul Harney. En 1985, il a proposé une constituante québécoise dont le résultat serait entérinée par la population (mais sans l’indépendance). Or il faut d’abord faire l’indépendance. Sinon, c’est de l’esquive, du faux fuyant et du trompe l’oeil. C’est ce qu’amène la récente modification du programme de QS concernant la constituante : une assemblée sans mandat initial souverainiste spécifique. QS n’a jamais démontré qu’il combat le fédéralisme et qu’il est souverainiste. La position de QS sur la laïcité est de la poudre aux yeux. Dans les faits, ils appuient l’intégrisme religieux. La « bataille contre l’islamophobie », au niveau mondial, est orchestrée par les islamistes. Après l’indépendance, je souhaite une assemblée constituante élue directement par le peuple, pas par des collèges électoraux. Le mode de scrutin doit faire partie de la constitution. Le Québec du futur devrait prendre position sur deux sujets : a) le contrôle du territoire : ce qui y circule, ce qu’il y a dans son sous-sol, etc. b) la laïcité: un État neutre, une séparation formelle de l’État et de la religion. Nous nous sommes libérés de la religion d’État il y a 50 ans, c’est un acquis à consolider. L’Accord avorté de Meech a marqué la séparation Québec-Canada. L’Accord avorté de Charlottetown a marqué le divorce Québec-Canada. Une constitution efficace et crédible ne peut être adoptée avant la souveraineté. La masse des gens se mobilisent sur des revendications, pas sur une constituante. La défaite de 2014 du PQ n’est pas due à ses positions sur la laïcité. Car la Charte sur la laïcité faisait grimper le PQ dans les sondages. Ce n’est pas le temps de faire un référendum, la population a décroché. Rappel : après l’échec de Meech, 60 % de la population aurait voté oui.

Deuxième paneliste : Jonathan Durand Folco – L’assemblée constituante come auto-institution de la société M. Durand Folco est professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université St-Paul à Ottawa. Je propose une approche hétérodoxe. Il faut repenser l’auto-institution de la société. Et d’abord dans les villes. Le but est dégager un processus d’émancipation et de participation démocratique : que le peuple se gouverne. Joindre la souveraineté de l’État et celle du peuple. Allons plus loin. Il faut penser la « république sociale » (la Révolution de 1848 en France), celle qui touche l’économie. On doit viser l’auto-gouvernement des municipalités. Il faut se donner une nouvelle forme de communauté politique qui ne soit pas étatique. En Catalogne, les partis indépendantistes sont présents sur la scène municipale. Je répond tout de suite à une objection : si on multiplie les processus constituants au niveau des villes, il y aura une fragmentation. Il faudra alors des alliances entre les communes pour se concerter au niveau national.

Troisième paneliste : Philippe Bernard – La constituante, une démarche complexe et hasardeuse Philippe Bernard est politologue. Seule une loi votée par l’Assemblée nationale constitue une voie réaliste, avec effet légal, pour créer une assemblée constituante. Cela pourrait se faire suite à un engagement électoral précis d’un ou plusieurs partis (coalisés). L’exercice pourrait coûter 50 ou 60 M $. Mandat : énoncer les principes que la constitution doit respecter (égalité des citoyens, suffrage universel, laïcité, etc.). Aussi : prévoir l’organisation des tribunaux, la charte des droits, la procédure d’amendement, etc. Deux possibilités pour la composition de la constituante : a) soit des personnes élues au suffrage universel (avec proportionnelle); b) soit choisies selon le modèle suivant : une constituante de 155 personnes provenant de cinq collèges électoraux. 1) 40 choisies par les députés de l’Assemblée nationale, 2) 25 nommées par les députés fédéraux québécois, 3) 50 choisies par les grandes villes, 4) 30 en provenance des MRC et 5) 10 représentant les autochtones. Il faut présumer la bonne foi des participants-es. Le résultat attendu : une constitution interne du Québec, dans l’ordre constitutionnel canadien. Le Québec y gagnerait en autonomie. Ce serait un risque mais ce ne serait pas un beau risque. Un « projet de société » ne peut être constitutionnel. Cela change avec le temps, c’est la démocratie. Une constitution, c’est une loi fondamentale précisant les institutions démocratiques, ce n’est pas un programme électoral. Idéalement, la création d’une assemblée constituante devrait être votée aux deux-tiers. Si les fédéralistes la boycottent, elle perd de la crédibilité. C’est pourquoi une constituante préalable à la souveraineté n’aurait aucune force, aucun poids. Rappel : en 1962, c’était une élection référendaire. Si vous nous réélisez, ce sera la nationalisation de l’électricité.

Compte rendu du colloque : Les institutions d’un Québec indépendant.

par Jacques Fournier organisateur communautaire retraité

Deuxième panel : les institutions d’un Québec indépendant, animé par Pierre Serré, politologue

Quatrième paneliste : Simon-Pierre Savard-Tremblay – La souveraineté à l’ère globale, le défi de la démocratie M. Savard-Tremblay est essayiste, président de Génération nationale et sociologue. L’indépendance, en soi, c’est souhaitable, c’est la liberté, ce sera un pas dans la bonne direction. C’est une fois le drapeau levé que le combat pour la souveraineté nationale va commencer. Le libre-échange nous amène à un régime post-démocratique. Les États ne sont plus issus de la volonté populaire. Les technocraties décident, les gens d’affaires décident. Les ténors du libre-échange dominent. Contrairement à ce que ses promoteurs disent, les accords commerciaux n’allègent pas les règlements. Ils les judiciarisent. Il y a plus de paperasses et de contraintes qu’avant. Il faut savoir d’emblée quelles institutions internationales on veut rejeter ou accepter quand le Québec sera indépendant.

Cinquième paneliste : Danic Parenteau – Une république, qu’ossa donne ? M. Parenteau est professeur agrégé, département des humanités et des sciences sociales, Collège militaire royal de St-Jean. L’assemblée constituante doit être un élément nouveau dans un virage vers la souveraineté. Le modèle républicain insuffle un nouveau sens à l’idée d’indépendance. Cela nous permet d’y penser avant, pendant et après. Danger de la constituante : perdre de vue l’idée de l’indépendance. Le modèle républicain, c’est la souveraineté du peuple. Nos institutions actuelles sont marquées par la monarchie (aspect symbolique), le parlementarisme britannique, le mode de scrutin uninominal à un tour, la non séparation exécutif-législatif, la nomination des juges par le gouvernement, etc. C’est tout cela qu’il faut changer. Il faut prendre le virage républicain : la souveraineté du peuple avant celle de l’État. Il est important de mettre de l’avant le bien commun et l’intérêt général.

Sixième paneliste : Guillaume Rousseau – Dialectique autour de l’idée d’une Constitution québécoise M. Rousseau est professeur adjoint, Faculté de droit, Université de Sherbrooke. Une constituante permet, entre autres, de clarifier les valeurs. C’est aussi un outil pédagogique. Il faut travailler à rallier les progressistes et les nationalistes par le républicanisme. Une charte des droits constitutionnalisée, c’est bien mais cela risque de renforcer le gouvernement par les juges et les risques de discorde. Dans la Charte québécoise des droits, on parle de droits économiques et sociaux, incluant le droit à l’école privée. Veut-on vraiment constitutionnaliser ce droit ? La loi 101 pourrait être affaiblie par le constitutionnalisation de certains droits. S’il faut les deux-tiers de l’Assemblée nationale pour amender la constitution d’un Québec indépendant, est-ce trop élevé ? La création d’un Conseil constitutionnel permettrait de séparer les causes ordinaires et les causes constitutionnelles, ce qui pourrait être une bonne chose. En résumé, un excellent colloque. Les Intellectuels pour la souveraineté jouent bien leur rôle en organisant un colloque sur ce thème.

Trois modes d’accession à l’indépendance

Trois modes d’accession à l’indépendance

Philippe Bernard, trésorier d’Ipso, préside la séance.

Louis Bernard, ancien secrétaire-général du Conseil exécutif du Québec, présente :

La démarche référendaire

Louis Bernard fait remarquer d’entrée de jeu que déclarer sa souveraineté ne suffit pas, mais qu’il faut la réussir, et qu’une telle chose nécessite le consentement de l’État quitté et de la communauté internationale pour qui les notions d’ordre et de continuité sont primordiales. Ainsi le Biafra dans les années 60 n’a-t-il pas accédé à la souveraineté pourtant déclarée, à la différence de l’ex-Macédoine et du Soudan du sud plus récemment, où les choses se sont faites «correctement»..

Dans le cas du Québec, les deux référendums tenus sur la question, ont créé un précédent spécifique et un cadre pour l’accession à l’indépendance. Il serait extrêmement difficile de changer dorénavant de méthode. D’autant plus que tant la Cour suprême du Canada que la Loi dite de la clarté référendaire ont en fait validé pour l’essentiel ce processus.

Ceux qu’angoisse l’idée de devoir recourir à un troisième référendum peuvent prendre en compte que c’est au moyen d’un troisième référendum que Terre-Neuve a pu accéder à la fédération canadienne.

Il est de toute nécessité pour la réussite de l’accession à une indépendance nationale d’obtenir l’appui majoritaire des citoyens en cause. C’est à cela que toute l’énergie des militants indépendantistes doit être consacrée. Tout ce qui nous éloigne de la recherche d’une volonté majoritaire exprimée par référendum constitue une distraction. La référence au cas de la Catalogne ne doit pas oblitérer le fait que le référendum était le premier choix des Catalans.

Sasha-Alexandre Gauthier, militant indépendantiste, présente :

La démarche dite «enclenchiste»

Sasha-Alexandre Gauthier fait d’abord remarquer que c’est uniquement par la voie électorale, sans référendum, que la Slovaquie et la Biélorussie ont récemment accédé à leur indépendance nationale.

Il distingue, en ce qui concerne les référendums, entre ceux d’initiation et ceux de ratification. Les premiers ont été essentiellement appliqués dans des contextes coloniaux, dans des cas où il n’y avait pas de continuité géographique entre le territoire de l’État quitté et le territoire de l’État accédant à l’indépendance.

La situation de la Catalogne est évidemment différente à tous niveaux. La démarche catalane actuelle, enclenchiste, repose sur une élection plébiscitaire.

Un référendum d’initiation, comme les deux tenus par le Parti québécois, a le défaut de ne pas entraîner de reconnaissance automatique de l’indépendance par les États souverains de la communauté internationale. Car il ne répond pas au vrai critère décisif : celui de l’effectivité de l’indépendance. Pour être reconnu. l’indépendance doit déjà être, exister de facto.

On peut conclure de cela que la voie royale de l’indépendance au regard du droit international, est l’élection plébiscitaire qui permet la mise en place de l’effectivité, de la souveraineté effective.

Robert Laplante, directeur de L’Action nationale, présente :

L’élection référendaire ou plébiscitaire

Robert Laplante affirme d’emblée que le plus sûr moyen de rater son indépendance nationale, c’est le recours au référendum consultatif.

L’assentiment du peuple s’obtient essentiellement dans notre système démocratique à l’occasion d’élections régulièrement tenues. Les indépendantistes doivent alors rechercher prioritairement, au fond exclusivement, le mandat électoral de faire l’indépendance.

Une fois élu, le nouveau gouvernement lancera l’indépendance en rompant avec le Canada afin de construire l’effectivité de l’indépendance dans le cadre de la situation objective créée par son élection, c’est-à-dire celui d’un conflit de légitimité, d’un affrontement entre deux pouvoirs revendiquant chacun la totalité de la légitimité.

Dès le départ, des gestes de rupture doivent marquer l’action du gouvernement porteur de la nouvelle légitimité. Robert Laplante en donne des exemples possibles : création d’une citoyenneté québécoise; rédaction d’une constitution québécoise; référendum de ratification de celle-ci.n de construire l’effectivité de l’indépendance dans le cadre de la situation objective créée par son élection, c’est-à-dire celui d’un conflit de légitimité, d’un affrontement entre deux pouvoirs revendiquant chacun la totalité de la légitimité.

Dès le départ, des gestes de rupture doivent marquer l’action du gouvernement porteur de la nouvelle légitimité. Robert Laplante en donne des exemples possibles : création d’une citoyenneté québécoise; rédaction d’une constitution québécoise; référendum de ratification de celle-ci.

La trahison des universitaires

Jocelyne Couture

Micheline Labelle

Ercilia Palacio

Pierre Serré

Le 10 octobre dernier, un aéropage sélect de 60 universitaires exprimait en ces pages du Devoir son appui au NPD en vue des élections du 19. Que de consternation et de déception dès le premier paragraphe ! Les fédéralistes québécois et canadiens-français qui ont tant lutté pour que soient respectés les droits des francophones en ce pays doivent se retourner dans leur tombe.

Les 60 appuient leur argumentaire sur une position d’emblée favorable aux minorités, ce qui devrait nous réjouir. Malheureusement, leur définition des minorités est sélective. Elle inclut les minorités religieuses, les minorités sexuelles, les autochtones, les femmes, les populations menacées à brève échéance par les changements climatiques et, pourquoi pas, les poissons et les papillons. En somme, tout ce qui ressemble de près ou de loin à une minorité, sauf la minorité nationale québécoise, celle qui peut encore espérer un avenir. Pour les 60, justement, les promesses d’avenir des Québécois résident dans leur intégration au sein des partis du Canada anglais. Elles n’existent qu’exclusivement dans les propositions des NPD, PLC et PC… et même des Verts.

S’il est vrai que les Québécois sont maintenant proches, si proches du pouvoir, pourquoi faudrait-il qu’ils taisent les revendications qu’ils jugent fondamentales pour assurer leur avenir, leur survie et leur épanouissement ? Il y a là un mystère qu’il faudrait bien qu’on nous explique. Quelles que soient leurs origines, les Québécois devraient se taire quant au pouvoir fédéral de dépenser, au déséquilibre fiscal, à l’ignominieuse Loi sur la Clarté, aussi répugnante que la Loi sur les mesures de guerre. Ottawa se reconnaîtrait toujours un droit d’ingérence dans l’exercice d’autodétermination du Québec ? Les Québécois devraient bêtement l’avaler, sans exiger du parti auquel ils destinent leurs votes qu’il s’engage à l’abroger. Si le NPD ne s’engage pas dans cette voie, qui diable le fera ?

Ces quelques revendications ne sont pas les seules sur la liste de la nation québécoise – et ce n’est pas parce qu’un gouvernement de complices à Québec bénit Ottawa que la nation est sauve. Les ingérences et la censure fédérales se manifestent déjà dans la culture, l’éducation, la santé, le financement des universités et la recherche universitaire… Elles se multiplient en matière de langue – dont le soutien à la minorité anglophone du Québec et à la politique du multiculturalisme – et en matière de communications, de relations avec les municipalités, de centralisation des pouvoirs économiques au Canada anglais, de présence du Québec à l’étranger, etc. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas abroger l’archaïque loi fédérale qui donne préséance aux entreprises sur les collectivités locales et nationales ? Après les promesses référendaires de 1980 et de 1995, toutes trahies, le Canada n’a rien offert d’autre au Québec qu’un fédéralisme de domination. Plutôt désespérant pour les fédéralistes nationalistes qui ont défendu l’union.

Bien sûr, la mise en place des politiques sociales dont rêvent les gauchistes canadiens se fera si le NPD est élu, sans doute à la condition que le Québec envoie à Ottawa une substantielle députation néodémocrate. Or les politiques nationales tant espérées en éducation, en santé ou en services sociaux promettent de clairs empiètements dans les champs de compétence des provinces. Elles se traduiront par une centralisation accrue des pouvoirs, qui s’annonce avec l’adoption d’objectifs nationaux. Ceux-ci avalent déjà une partie de l’autonomie des provinces par le biais des exigences du financement fédéral, partiel et conditionnel au financement provincial. Un financement heureusement « doublé d’un droit de retrait avec pleine compensation financière », annonce-t-on pour rassurer les plus nationalistes les plus frileux…

Mais qui donc peut croire que l’exercice d’un droit de retrait sera bien vu dans l’opinion publique canadienne anglaise ? Comme la clause nonobstant, il y aura un prix à payer pour se retirer des politiques nationales. Qui plus est, il n’existe aucune garantie que les jolies relations respectueuses qu’on nous promet avec un gouvernement néodémocrate seront reconduites avec les gouvernements subséquents. Et quand le fédéral aura mis le pied dans la place, comme on dit, il sera alors quasi impossible de le faire reculer. Voilà l’exacte définition de ce qu’est un plat de lentilles.

Si leurs petits camarades du Canada anglais sont vraiment fédéralistes, pourquoi ne seraient-ils pas prêts à défendre ce qu’il y a dans la Constitution ? Et pourquoi les fédéralistes du Québec, qui se disent tout autant de vrais démocrates, défenseurs des minorités de tout acabit, ne revendiqueraient-ils pas, maintenant, ce dont le Québec a besoin ? Dans ce Canada où l’immigration est débridée, le Québec voit son poids démographique diminuer rapidement, au point où sa position est de plus en plus fragile à l’intérieur du Canada. Il y a urgence d’agir. C’est à ceux qui défendent l’union de démontrer qu’il est possible pour le Québec, comme pour toutes les minorités qui nous tiennent à cœur, d’exister au sein du Canada et d’y obtenir le statut particulier qu’il lui faut.

Sur ce point, le plaidoyer des 60 manque de cohérence. Comme disait l’autre, lorsque l’explication n’est pas rationnelle, c’est qu’elle est politique. Si ce n’est pas la trahison de l’héritage des grands de la nation québécoise, il ne reste que les intérêts immédiats, les Chaires, les subventions et la notoriété dans les médias, pour expliquer la reddition. Un abandon dont ils se font les propagateurs, leur promesse d’en finir avec ce Québec turbulent.