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Ce texte rédigé pour le Conseil de la souveraineté, paru dans Le Devoir du 16 mars 07 à
l’occasion de la campagne électorale québécoise de 2007. Il a été appuyé par le CSQ, les IPSO, la SSJB, le MNQ et l’Aut’journal.
Aujourd’hui, à 16h, le gouvernement Harper déposera à Ottawa le budget de l’État Canadien.
Stratégiquement placé une semaine jour pour jour avant l'élection au Québec, il est clair que
ce budget visera à faire miroiter aux québécois des milliards, par ailleurs déjà payés par nos
impôts, dans le but de démontrer les grands avantages du régime fédéral, dans le but de
soutenir les partis fédéralistes québécois et de préparer la campagne fédérale qui suivra.
Court-circuitage de la démocratie
Ce soi-disant règlement du déséquilibre fiscal par le gouvernement Harper constitue la plus
grosse « commandite » de notre Histoire, la plus grossière manœuvre pour court-circuiter la
démocratie québécoise, pour manipuler l’opinion publique, pour acheter l’allégeance des
Québécois avec leur propre argent. Une telle ingérence fédérale dans les affaires
québécoises en pleine campagne électorale est du jamais vu.
Cela se fera bien sûr en ligne avec les intérêts partisans des trois leaders conservateurs.
Harper prépare les gains qu’il souhaite au Québec pour obtenir un mandat majoritaire à
Ottawa. Charest compte démontrer son efficacité comme bon sujet de l’État fédéral. Dumont
attend ce budget pour finalement chiffrer ses promesses sorties du chapeau.
Un Gouvernement fédéral respectueux de la nation québécoise aurait attendu au moins une
semaine après l’élection, plutôt qu’avant, pour déposer son budget. Nous dénonçons et nous
combattrons cette tentative de mainmise de l’État fédéral sur la démocratie québécoise!
Une nation privée de ses choix budgétaires
Le gouvernement Harper a reconnu la nation-québécoise-dans-un-Canada-uni. Nous en
comprenons aujourd’hui pleinement le sens. Le gouvernement de la nation québécoise est
assujetti aux décisions d’une autre nation – la nation canadienne-anglaise – pour boucler
son budget. Le «cadre financier» des promesses électorales de Jean Charest le fédéraliste
et de Mario Dumont qui se dit «autonomiste» sera finalement défini par le «cadre financier»
fédéral qu’il faudra quêter d’année en année, sans aucune garantie de succès.
Rappelons qu’entre 1993-94 et 2003-2004, les revenus fédéraux perçus au Québec ont
augmenté de 58% et les transferts fédéraux de 5,8%. L’État fédéral a donc décidé,
unilatéralement, de couper dans ses paiements de transfert. Cela lui a permis d’engranger
des surplus faramineux pendant que les Gouvernements québécois, qu’ils soient fédéralistes
quêteux ou fiers souverainistes, étaient étranglés financièrement, obligés de couper dans les
secteurs vitaux de la santé et l’éducation.
On évalue à près de 3,9 milliards $ par année l’augmentation requise des transferts de nos
impôts fédéraux au Gouvernement du Québec, simplement comme minimum pour rétablir
les paiements de transfert à leur niveau antérieur. Le parti libéral se contenterait bien sûr de
beaucoup moins pour passer le cap de l’élection, mais que le Budget Harper rétablisse
totalement ou partiellement ses contributions à la Santé, à l’Éducation et à la péréquation,
cela n’effacera jamais au Québec les 10 années de souffrances dont les malades et les
jeunes du Québec ont fait les frais. Dans le fond, qu'est-ce qui nous assure que ce
gouvernement ou un autre qui le remplacera, ne recommencera pas à recréer un autre
déséquilibre fiscal dans un an ou deux comme le Gouvernement Chrétien-Martin l’a fait sans
l’accord du Québec il y a quelques années?
Une nation assujettie à une autre nation
Nous n’acceptons pas de discuter de la question du déséquilibre fiscal dans le cadre des
relations fédérales-provinciales! Dans ce cadre, le Québec est une nation assujettie à une
autre nation. Une nation qui n’est pas libre de ses choix!
La souveraineté, la construction de l’État Québécois, est indispensable pour mettre en
marche de véritables chantiers pour résoudre des problèmes de société intolérables et
urgents comme la lutte à la pauvreté, le développement de l’emploi, les changements
climatiques, le décrochage scolaire, la promotion du français et de la culture, le sous-
financement de l’éducation et de la santé.
L’encadrement du pouvoir de dépenser du fédéral, dont on parle beaucoup comme autre
planche de salut à Jean Charest, si cela était annoncé dans l’énoncé budgétaire, ne ferait
qu’empêcher le Gouvernement canadien de dépenser dans des champs de compétences du
Québec sans son accord. Cela pourrait ralentir la centralisation, mais ne donnerait aucun
pouvoir à notre État national pour s’attaquer à nos problèmes de société.
L’enjeu de la présente élection au Québec dépasse largement le cadre d’un affrontement
entre partis, entre chefs, entre équipes. Le gouvernement Harper la voit d’ailleurs
ouvertement comme un tremplin pour sa prochaine campagne électorale avec comme
arrière plan l’espoir d’une marginalisation du mouvement souverainiste québécois.
Nous invitons les québécois et les québécoises à résister à cette tentative de détournement
de nos choix démocratiques, à se donner la chance de mettre fin définitivement, par la
décision de construire de notre État national, à la centralisation des pouvoirs à Ottawa, à la
minorisation du Québec au Canada et au déséquilibre fiscal qui confisque nos choix d’avenir.
C’est une décision qui n’appartient qu’aux Québécois et aux Québécoises!
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