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Gilbert Paquette, André Brunel, Micheline Labelle, Andrée Lajoie Marilyse Lapierre, Louis
LaRochelle, Philippe Leclerc, Clément Loranger, Ercilia Palacio-Quintin, François Rocher,
Simon-Pierre Savard-Tremblay, Membres du CA des intellectuels pour la souveraineté (IPSO)
Chaque campagne électorale fédérale concerne le choix du gouvernement d’un pays où nous
sommes minoritaires mais auquel nous acceptons encore de confier une part importante de nos
affaires. Nous devons y participer pour y défendre les intérêts du Québec, mais en nous rappelant
que jouer toujours à la défensive ne permet pas de gagner, uniquement d’éviter ou de retarder le
recul.
Dans cette élection, jamais le choix offert aux Québécois-ses n’aura été aussi insignifiant. Harper
ou Dion ? Selon toute probabilité nous aurons l’un des deux hommes comme prochain Premier
ministre du Canada et probablement l’autre comme chef de l’opposition loyale de sa majesté. On
nous offre le choix entre le fossoyeur de Kyoto et le père de la loi sur la « clarté ». Deux chefs,
deux partis, dont les politiques diffèrent à la marge, mais qui ont en commun l’obligation de se
conformer aux vœux de la majorité canadienne dont le centre de gravité se déplace de plus en
plus vers l’ouest. Deux chefs, deux partis, qui, tout comme les Verts et le NPD, se doivent pour
se faire élire, démocratie oblige, de satisfaire la majorité du Canada aux dépends du peuple
québécois.
Traditionnellement, lorsqu’interrogés sur l’évolution du Canada, la très grande majorité des
canadiens anglais sont réfractaires à l’attribution de pouvoir spéciaux ou d’avantages pour le
Québec jugés sont contraires à la nature même du Canada. Le Québec devrait être, autant que
possible, une province comme les autres. La réalité à l’extérieur du Québec est que le Canada
continue à se construire comme nation indépendamment des aspirations du Québec et du désir
très majoritaire de la population de gérer une part croissante (ou totale) de ses affaires.
Il s’agit là d’une tendance bien actuelle dans la population canadienne à l’extérieur du Québec
qui va choisir le prochain Gouvernement canadien, tendance qui ne peut que s’accentuer avec la
proportion de plus en plus faible de Québécois dans l’ensemble canadien. Lors du débat des
chefs, on a bien noté l’absence totale d’appui ou même de réaction des quatre autres chefs de
partis à chaque fois que le chef du Bloc québécois évoquait les consensus du Québec sur des
questions comme la culture, les jeunes contrevenants, ou l’absence de réalité concrète derrière la
reconnaissance de « la nation québécoise dans un Canada uni ». Curieusement, les ouvertures
précampagne du NPD ou du Parti conservateur semblent disparues, notamment dans le
programme conservateur dévoilé cette semaine quant au sénat ou limitation, sans effets concrets,
du pouvoir de dépenser du fédéral dans les champs de compétence des provinces. Même les
demandes d’un premier ministre fédéraliste du Québec n’obtiennent aucune réponse.
Indifférence, dialogue de sourds ou plutôt intérêt électoral bien compris qui consiste à ne pas
indisposer la majorité de la population canadienne réfractaire à tout ce qui a l’air d’un avantage
pour le Québec.
On l’a vu encore une fois, une élection fédérale, quel qu’en soit le résultat, ne peut mener à une
seule compétence de plus pour notre gouvernement national, pour que le Québec puisse relever
les défis pressants que sont l’érosion du français à Montréal, la lutte pour l’indépendance
énergétique et le développement durable, le combat contre la pauvreté et la précarité. On l’a bien
vu dans ce début de consensus possible entre les principaux partis politiques du Québec quant au
rapatriement des compétences en matière de culture et de communication, proposition qui n’a
reçu aucun appui à l’extérieur du Québec. Ces compétences et d’autres, il faudra la force d’une
majorité au sein de la nation québécoise pour les imposer.
Cette campagne a permis de démystifier le rôle dévolu au Québec dans le régime actuel et de
mettre en évidence les larges consensus au Québec sur nos objectifs comme nation.
Contrairement à une élection québécoise où la lutte électorale rend les alliances plus difficiles, au
fédéral rien n’empêche les nationalistes de toute tendance de faire bloc avec les souverainistes
pour envoyer à Ottawa une forte majorité de députés du Bloc québécois. Il y a là une
extraordinaire occasion de convergence, de solidarité nationale pour en arriver un jour à cet
indispensable appui majoritaire au Québec qui nous permettra d’imposer nos priorités comme
nation.
Cette campagne doit aussi servir à abattre l’illusion d’une soi-disant « participation au pouvoir
fédéral ». Comme si le Québec était puissant lorsqu’il votait majoritairement libéral sous Trudeau
lors du coup de force constitutionnel de 1982 où les aspirations du Québec ont été bafouées, ou
lorsqu’il votait conservateur sous Mulroney où les maigres changements constitutionnels du
« beau risque » ont lamentablement échoué. Dans un parti comme dans l’autre, les députés du
Québec sont en général bâillonnés, comme on le voit actuellement dans le cas des coupures dans
le domaine de la culture ou au chapitre du développement régional.
Nous, intellectuels pour la souveraineté, appuyons sans réserve le Bloc québécois parce qu’il
permet à la très grande majorité de la population québécoise de voter selon ses convictions et ses
intérêts nationaux, un premier pas pour sortir du carcan fédéral qui nous diminue comme nation.
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