La fondation de Montréal sous le régime français en 1642 est un grand moment de l’histoire. Le programme consacré à Montréal par le Bureau du 375e anniversaire de Montréal s’étirera sur toute une année.
Or, Nicole Boudreau, directrice du Bureau, annonce que le 375e anniversaire de Montréal sera aussi l'occasion de fêter les 150 ans du Canada. Déjà, huit ans avant, dans un article de 2009 paru dans La Presse, le maire Tremblay l’évoque et prépare les esprits à un détournement des festivités.
Le comité exécutif de la Ville de Montréal a demandé à l’Office de consultation publique de Montréal, un partenaire du Bureau, de consulter 340 citoyens et de dégager de ces rencontres les orientations que l’on devrait donner aux célébrations.
Sous aucun prétexte il ne faut voler la vedette à la métropole dans le cadre de ce programme. Le Bureau est financé par les contribuables municipaux qui ont la responsabilité de veiller à ce qu’il ne planifie ou encadre aucune célébration en dehors d’un mandat clairement défini. Les Montréalais doivent fêter librement leur histoire sans partisannerie.
Une nation prétendument sans histoire
Cette mission intéressée s’inscrit dans des tentatives répétées du gouvernement canadien de déposséder le Québec de son histoire et nous rappelle notamment le ton fédéraliste imposé en 2008 au 400e anniversaire de la ville de Québec, dont les festivités ont alimenté de nombreuses controverses.
Déjà, en 2004, la célébration du 400e de l'Acadie était reconnue par Ottawa - qui anticipait depuis longtemps le 400e de Québec - comme la naissance de l'Amérique française. Ensuite, les partenaires fédéralistes des fêtes ont fait en sorte que l’orientation du 400e soit littéralement transformée en méga-festival sans histoire, sans nom, sans date, ni événement. Tout au long des activités officielles de 2008, le fleurdelisé aura été systématiquement banni, substitué par un décor orange et rose, sans aucun rapport aux couleurs du peuple célébré. Le personnage de Champlain a été réduit au rang de mascotte de carnaval.
Ensuite, en 2009, après une longue mobilisation, la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) a abandonné - fort heureusement - la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham, qui devait avoir lieu à l’été à l’occasion du 250e anniversaire de l’événement. Ce spectacle aurait dénaturé le sens des célébrations de la naissance de la ville pour représenter celle du Canada. Par ailleurs, le projet avait rappelé aux Québécois l'appartenance fédérale du site.
Prochainement, en 2012, l’argent des contribuables québécois financera les célébrations du bicentenaire de la guerre anglo-américaine de 1812, qui marquerait « l’amitié naissante » (Le Devoir du 13 septembre) entre les États-Unis et le Canada. Pour le Québec, les conflits qu’ont connus les États-Unis face à l’Empire britannique n’ont absolument rien à voir à son histoire, sinon d’évoquer sans pour autant reconnaître officiellement le souvenir de la défaite contre la même entité en 1759.
Un enjeu mémoriel qui exige une lutte mémorielle conséquente
De l’aseptisation de l’histoire québécoise découle le symptôme d’une certaine crise identitaire et culturelle de la société. L’histoire a une importance politique et culturelle en ce qu’elle ancre un peuple dans l’occupation d’un territoire, et de la sorte consolide un sentiment identitaire collectif. C’est un récit commun, celui de ses origines. Or, de là, peu d’imagination est requise pour passer à une instrumentation idéologico-politique de l’histoire, en l’occurrence, la récupération et le détournement du 375e anniversaire de Montréal comme « occasion » de célébrer autre chose.
L’anachronisme de la narration historique, fragmentaire et reconstitué à des fins précises, en dit déjà plus de la subjectivité d’un auteur que du passé. De la sorte toute histoire est une fiction. Même lorsque l’on a affaire avec des dates, celles que l’on choisit de souligner ou d’ignorer, ainsi que la corrélation que l’on chercherait à établir entre elles, on révèle déjà un parti pris.
Les antécédents semblent clairement indiquer que si le Québec n’assume pas le ton inévitablement national qu’adopteront les grandes festivités de son histoire sur son territoire, le Canada s’en occupera à sa façon. Ki-Ke-In (Ron Hamilton), artiste autochtone d’origine nootka, dirait à juste titre : « Certains sont des produits de l’histoire. D’autres la font ».
En 2017, il ne faudrait pas semer la confusion. Il faudrait que le plus de citoyens possible interviennent contre la récupération en cours du 375e anniversaire de la métropole du Québec.
Il s’agit donc d’un enjeu mémoriel qui exige une lutte mémorielle conséquente.
La découverte et le partage des origines historiques et culturelles de la fondation de Montréal de même que le rôle de la métropole et des Montréalais dans la construction du territoire et de l’histoire de l’Amérique du Nord constituent une richesse telle qu’il faut éviter à tout prix que cette célébration soit détournée et instrumenté afin de valoriser la structure politique canadienne qui n’est qu’un chapitre parmi tant d’autres de l’histoire montréalaise.
Angèle Richer, membre du Conseil d’administration des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), appuyée par André Binette, Jocelyne Couture Micheline Labelle, Siegfried Mathelet, Gérald McNichols Tétreault, Florent Michelot, Ercilia Palacio-Quintin, Gilbert Paquette, Pierre Paquette et Jean François Payette |