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Accepter de brosser pour un lectorat de juristes italiens le tableau de la place
problématique et malaisée du Québec dans la Constitution canadienne, c'est forcément
faire le procès du fédéralisme, du véritable partage des compétences législatives et des
pouvoirs exécutifs qui le définit, du moins dans la forme «accomplie» qu'on lui connaît en
Amérique du Nord.
Le moment est d'autant plus propice à cette réflexion que, pour des raisons
différentes, l'importance de l'enjeu que constitue le fédéralisme n'a pas cessé de croître
récemment dans nos deux pays, et cela plus particulièrement depuis le moment où, au
printemps 1994, j'ai eu le plaisir de discuter de ces questions avec les étudiants et les
professeurs de droit constitutionnel de Padoue et de Trieste, dans le cadre des conférences
qui ont donné lieu à cet ouvrage.
Au seuil de l'Europe de Maastrich et dans la tourmente politique récente, les
constitutionnalistes italiens s'intéressent en effet doublement au fédéralisme, à la fois dans
sa dimension européenne et comme projet interne pour l'Italie, alors que le Québec remet
sa participation au Canada en question en organisant un référendum sur l'indépendance
d'ici la fin de la présente année.
C'est peu dire que la situation constitutionnelle et l'appréciation qu'elle engendre du
fédéralisme diffèrent dans les deux cas : le Québec estime offrir, en matière de
fédéralisme, un récit de science (politique)-fiction dont il a fait les frais, et s'étonne que
l'Europe en général — car l'engouement pour le fédéralisme n'est pas qu'italien — semble
ne pas vouloir profiter de son expérience et continue de considérer le fédéralisme comme
une solution au lieu d'y voir un problème...
Certes, la conjoncture n'est pas la même, dans le Canada de 1867 et l'Europe de
1995, qui affiche partout — sous réserve de tiédeur en Scandinavie et dans les Iles
britanniques — un actif absent de la fédération canadienne: un sentiment d'appartenance,
une volonté politique commune, et des siècles d'histoire où les identités nationales ont pu
se définir et se cristalliser. Rien de cela au Canada, où le Québec, isolé en Amérique
anglophone, n'a pas les moyens constitutionnels des politiques qui conforteraient son
identité. Comment en effet affirmer le caractère distinct d'une société en l'absence de
contrôle sur la langue et le développement culturel, l'immigration, les droits collectifs et
syndicaux, les politiques économiques et monétaires, les communications, l'exportation des
ressources naturelles, l'environnement et l'aménagement du territoire, les politiques
sociales et le financement des universités?
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